Jeudi 17 décembre 2009
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Dominique de Villepin :
"Un mauvais débat, ça ne se suspend pas,
ça s'arrête"
Source : SUDOUEST.COM - le 17 décembre 2009
Critiqué dans son propre camp pour le débat qu'il a lancé, Eric Besson, soutenu par Nicolas Sarkozy,
s'accroche et veut garder son ministère.
"Un mauvais débat, ça ne se suspend pas, ça s'arrête." Il ne s'agit pas de la proposition d'un
socialiste, mais du jugement asséné sur France 2 par un membre de l'UMP, Dominique de Villepin. Le dernier ex-Premier ministre de Jacques Chirac amplifie d'ailleurs l'avis de son prédécesseur
Jean-Pierre Raffarin qui, fustigeant "une réflexion de comptoir", estime que "les élections régionales n'étant, en aucun cas, une échéance pertinente pour ce débat, il faut le
prolonger, le nourrir et l'élargir".
"Islamo-compatible"
Dès le lancement du débat, Alain Juppé avait mis les pieds dans le plat, en confessant son
"scepticisme" sur son utilité. "Sauf si l'on pose la vraie question : est-ce que la France, est-ce que la République française est islamo-compatible ou pas ?"
Tout le monde a effectivement compris que le véritable débat était
là, entretenant prises de positions douteuses et dérapages. Le dernier en date est attribué à la ministre de la Famille, Nadine Morano, qui a provoqué - selon ce que François Baroin
(UMP) appelle "la parole de trop" - un tollé chez les adversaires de l'initiative lancée par Éric Besson. Le philosophe Henri Pena-Ruiz, qui fut l'un des 20 sages de la commission Stasi sur la
laïcité, trouve - lui - le débat inopportun. "Il remplit une fonction idéologique, assène l'auteur de "Dieu et Marianne", en laissant croire que l'identité nationale est un problème qui se pose
actuellement aux Français, alors que le véritable problème est celui des plans de licenciement et de l'omnipotence d'un capitalisme glacé.
Besson tente de faire diversion en agitant un chiffon rouge et en suggérant mezza vocce qu'il existe un problème d'identité nationale lié à l'immigration. C'est une régression de la conscience
collective, qui avait réussi dans sa lutte contre le racisme et la xénophobie."
Le rebondissement du débat à l'intérieur de la majorité elle-même conduit actuellement à le
reformuler, d'autant qu'il est doublé par la polémique sur l'expulsion vers l'Afghanistan de neuf réfugiés sans papiers et l'hésitation des députés à légiférer sur la burqa.
Une opinion apaisée
Conçu, selon ses adversaires, dans un but électoraliste, le débat sur l'identité nationale est en
train de revenir comme un boomerang sur la tête d'Éric Besson, auquel le président de la République a apporté "un soutien très appuyé". Outre le rejet de ses anciens amis, le ministre de
l'Immigration et de l'Identité nationale parvient difficilement à imposer son point de vue dans son nouveau camp. Quant à séduire l'opinion publique, il suffit de lire le sondage TNS-Sofres
publié par "La Croix" pour constater, avec le politologue Thierry Leterre, "qu'il n'y a pas d'incertitude sur une identité française bien affirmée et que, malgré le contexte passionné que
certains voudraient alimenter, c'est l'image d'une opinion publique apaisée qui apparaît à la lumière du sondage".
Le professeur d'anthropologie de Bordeaux 2-Segalen, Pierre Bidart, participait à Bayonne à un de ces
débats organisés par les préfectures. Il a rappelé que "le débat finalement aura une portée très limitée, parce que nous aurons manqué collectivement une grande et noble occasion de nous
interroger sans hâte, paisiblement mais avec conviction, sur les modalités d'expression du sentiment national dans la France d'aujourd'hui, sur ce qui ne va pas et sur ce qui va, sur les hiatus
entre être ce que l'on est et ce que l'on voudrait être." Et de promouvoir une visée unique : "Vouloir vivre ensemble dans une nation avant tout solidaire."
L'idéologie de la pureté
Henri Pena-Ruiz, de son côté, remarque que le gouvernement a déchaîné "un imaginaire fantasmatique" et
ressuscité "une idéologie nauséabonde, celle de la pureté. Tout cela risque de faire refluer la conscience collective. En faisant monter la mayonnaise, Sarkozy et
Besson font reculer l'esprit des Lumières, le parti de la raison au profit d'un obscurantisme en Technicolor, de formules choc, pour impressionner plutôt que pour aider à
réfléchir."
"Ce débat, appuie Pierre Bidart, aurait dû être lancé par une haute autorité morale." Et de regretter
son enlisement entre "ceux qui traînent les pieds, d'autres qui s'y opposent carrément, d'autres encore qui éprouvent un malaise devant le contexte et les termes du débat".
Éric Besson, lui, persiste et signe, assurant qu'il souhaite "conserver son portefeuille malgré les
critiques, politiques et médiatiques", le jugeant "beau et éminemment républicain."
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