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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 14:00

Article édifiant ! J'ajouterai que, dans les déclarations récentes de plusieurs responsables du PS à propos de la désespérance sociale, j'entends dire qu'il faut "de l'ordre et de la justice" ...
Ca ne ressemblerait pas comme deux gouttes d'eau à "l'ordre juste" ???


De saint Thomas d’Aquin à Rousseau,
de Jaurès à Royal ...
Histoire de l’ordre juste !

par Amine EL KHATMI,
conseiller général de l'Allier

La présidentielle de 2007 a été l’occasion pour Ségolène Royal de poser sur la table du débat public une question primordiale, celle de l’ordre juste. Avec le recul, et c’est une des leçons de la défaite, la candidate socialiste n’a peut-être pas assez insisté sur cette notion pourtant essentielle. Elle n’a pas pu lui donner l’ampleur qu’elle mérite. Il faut dire qu’à l’époque les voix de la gauche bien-pensante avaient hurlé au populisme et à la démagogie, crié au Pétainisme et à la trahison des valeurs socialistes. Aussi la parole de la candidate, qui aurait dû être relayée et approfondie pour être installée dans l’opinion, a fini par se diluer sous un flot de critiques inutiles et surtout incroyablement malhonnêtes !


Les détracteurs de Royal n’ont insisté que sur l’aspect religieux de cette question comme pour mieux souligner le supposé côté christique de la candidate. Il est vrai qu’on trouve trace de l’ordre juste dans la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin, au XIIIe siècle. Pie XII l'avait repris en 1953 et Benoît XVI dans son encyclique "Deus caritas est" en 2006. Dans le même esprit, la Constitution de la Confédération helvétique entend "tout entreprendre, avec l'aide de Dieu, (...) pour créer un ordre juste pour le bien de tous". L’aspect religieux n’est donc pas à nier. Mais l’aspect politique de l’ordre juste est tout aussi, voire plus, important pour l’appréhender. Pourtant, ils se sont bien gardés de le dire !

En effet, l’ordre juste est un élément structurant de la pensée politique, notamment à gauche, depuis longtemps. Les penseurs du "Contrat Social" tournent autour de cette notion, développent l’idée d’un ordre qui doit être juste pour que les Hommes l’acceptent. Plus encore, les révolutionnaires, qui s’étaient levés contre l’ordre établi qu’ils jugeaient injuste par essence furent les prometteurs de ce thème. Plus tard, c’est chez les Quaranthuitards, dans les grèves de 36 ou dans l’œuvre de Jaurès que cette notion transparait. Même Mitterrand, l’icône de bien des socialistes, se révèle être un homme "pour qui le premier scandale était dans l'injustice fauteuse de désordre" selon Royal elle-même. Plus surprenant, Lionel Jospin et le Parti Socialiste ont évoqué il y a plusieurs années l’ordre juste.

Ainsi en septembre 1996, dans sa résolution finale, le 20e congrès de l'Internationale socialiste, réuni à New York, appelle de ses voeux "l'apparition d'un ordre mondial juste et paisible". Si dans son projet pour 2007 le PS ne reprend pas officiellement cette expression, il suffit de se plonger dans le rapport de la fameuse commission du projet pour lire : Le Parti socialiste se fixera comme un de ses objectifs prioritaires l'instauration d'un "ordre juste" et d'une "sécurité durable". Sans commentaire.

Continuons. Lionel Jospin, pourtant jamais avare de critiques à l’égard de Ségolène Royal se confiait de façon étrange dans Le monde comme je le vois (Gallimard, 2005). L’ancien Premier ministre exposant son analyse sur "l'exigence de la sécurité" émanant des couches populaires, proclamait : "Il faut donc assumer la valeur de l'ordre, c'est-à-dire du respect des règles." Et, insistait-t-il, "il n'y a pas de liberté sans ordre, c'est-à-dire sans normes, sans coutumes, sans lois. L'ordre est consubstantiel à la liberté, et la République, soucieuse de l'intérêt général, s'attache à concilier l'ordre public et la liberté du citoyen". Certes il n’emploie pas la formule '"ordre juste" mais l’analogie est claire. Pourtant force est de constater que les sobriquets de "fou" ou de "pétainiste" ne lui furent guère affublés.

Une partie de la gauche d’aujourd’hui exècre donc l’ordre et considère que tant d’un point de vue linguistique que politique cela fait partie de la chasse gardée de la droite. Pourtant, rejeter l’ordre ne suppose-t-il pas d’admettre implicitement le désordre ? Doit-on avoir peur d’un mot dont le sens premier nous a manifestement échappé à gauche, souvent par sectarisme parfois par paresse intellectuelle, quitte à accepter l’ordre injuste ?

Car il existe des ordres injustes. S’il fallait n’en citer qu’un, l’ordre libéral serait celui-là. C’est un ordre puisqu’il est organisé, hiérarchisé et obéit à des règles, un cadre, des codes. Il est injuste, et la période actuelle le prouve avec éclat, car il est source d’injustices diverses. D’une part, il se nourrit du travail des plus précaires tandis que, d’autre part, il n’offre ses bienfaits qu’aux plus privilégies. Chacun pourra donc s’accorder sur le constat qu’il s’agit bel et bien d’un ordre injuste.
Être de gauche et promouvoir un ordre économique juste comme le fait Ségolène Royal c’est précisément vouloir rompre avec les excès cités ci-dessus. C’est vouloir que l’homme soit au cœur de l’économie et que le travail des salariés soit valorisé par un meilleur partage des richesses.


L’ordre juste c’est celui qui remet la sécurité durable au cœur des quartiers sensibles. Car l’enfant de banlieue que je suis le sait pour l’avoir vécu ; les premières victimes de la violence urbaine ce sont les classes populaires. Lorsqu’une voiture brûle dans un quartier c’est rarement celle d’un patron ou d’un privilégié. L’ordre juste c’est celui qui instaure un dialogue social efficace avec un syndicalisme de masse et de nouvelles relations au sein de l’entreprise. L’ordre juste c’est celui qui met fin à la dégradation dramatique de notre environnement et qui s’assure de léguer aux générations futures une planète en bon état.

"Il n'y a de classe dirigeante courageuse que celle qui procure aux autres la sécurité en prenant pour soi les dangers. Le courage, c'est alors la défense de l'autorité et, avec elle, celle de la discipline et de l'ordre" disait Jean Jaurès.

Je crois, comme Ségolène Royal, que l’ordre juste est un projet politique, un idéal, une morale, celle d’un socialisme identifié au bien de la nation tout entière. Soyons les héritiers fidèles et les continuateurs engagés de cette belle morale.

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