A Evreux, la base a le blues
Source : LeParisien.fr - le 28 juin 2009
EVREUX (EURE), Sur 250 adhérents que compte la section, seuls une quarantaine de
militants sont venus dresser le bilan des européennes.
"On va dans le mur" "Le parti est bloqué." "Le mal est profond" ... Mardi soir, les militants
socialistes d’Evreux vident leur sac et la réunion de section tourne vite à la séance de psychothérapie collective.
Dans une salle aux murs blancs décorés par quelques affiches de campagne, une quarantaine de personnes (sur les
250 adhérents que compte la section) font le bilan des européennes.
"Il y a encore des survivants au PS ?" lance, ironique, une militante à son arrivée au local, rue Joséphine. Après
les 16,48 % du PS le 7 juin, ici comme dans toutes les fédérations de France, les militants n’ont pas le moral.
Anne Mansouret, la responsable de la section, donne le ton. "On n’a pas assez travaillé et on n’a pas cherché
à récupérer ceux qui nous ont lâchés, les ouvriers, les chômeurs…" Les dirigeants nationaux doivent avoir les oreilles qui sifflent. Ce sont eux qui provoquent la
plus grande colère de leurs troupes. "Quand, nous, militants, nous parvenons à convaincre quelques personnes sur les marchés dans la journée, le soir à la télévision, des socialistes se
tapent dessus et détruisent tout ce qu’on a fait au niveau local", s’agace Anthony, trentenaire, adhérent depuis cinq ans. Arnaud regrette que les leaders n’aient que la
présidentielle pour "unique perspective". D’ailleurs, sur le mode de désignation du candidat, les primaires ne font pas l’unanimité. Certains y voient un bon moyen pour que le parti se range
derrière une personne et parle enfin d’une seule voix, quand d’autres jugent que le procédé ne réglera rien tant que le PS n’aura pas de projet.
Cohn-Bendit a fait rêver les électeurs
Après plus d’une heure de réunion, Franck prend la parole à son tour. "J’ai une part de schizophrénie en moi, se
lance-t-il. Je dois confesser que j’ai voté pour une liste Europe Ecologie !" Loin de provoquer un tollé, cet aveu ne reçoit en écho que quelques huées sur le mode de la plaisanterie.
Visiblement, personne n’est choqué et quelques-uns, sans le révéler, ont fait de même. D’ailleurs, Daniel Cohn-Bendit, leader de la liste écologiste, est régulièrement cité en exemple. "Il a fait
rêver les électeurs, contrairement à nos dirigeants", constate Hélène. Beaucoup de présents s’inquiètent d’ailleurs du manque d’idées de leur parti. "On ne fait pas vibrer les Français sur des
réalités qui les concernent", déplore Olivier. "Notre logiciel est vide", reprend un autre quelques rangs devant lui. Et l’optimisme n’est toujours pas de mise. "Nos dirigeants pensent que si on se donne six mois, ça va aller : foutaise !" clame Hélène.
Un constat fait ce soir-là l’unanimité : les militants ne sont pas
assez écoutés. "Le PS a été sanctionné pour son mode de fonctionnement, son mépris de la base", s’insurge Rachid, qui rappelle
notamment que dans la région Centre, les adhérents avaient refusé la candidature du "parachuté" Henri Weber, qui a pourtant été maintenu tête de liste. "Il faut redonner le parti aux militants",
renchérit François, entraînant des applaudissements. Anne, la chef de section, propose à ses troupes une opération SOS
parti venant de la base. "Lançons auprès de toutes les sections un message pour que le PS se restructure", souhaite-t-elle. Un peu plus tôt, Hélène, elle, a comparé le PS au
"Titanic qui lance les derniers canots à la mer".
Abattus après le score des européennes, les militants ne veulent pas laisser couler leur parti.
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