Electoralisme, clientélisme, féodalisme… bienvenue chez les chtis socialistes! Le second tour de l'élection municipale partielle d'Hénin-Beaumont risque d'offrir dimanche à un Front national décati un bastion local pour rebondir, et c'est un système tout entier qui pourrait être sanctionné.
Au-delà du seul cas du maire Gérard Dallongeville, écroué en avril dernier pour détournement de fonds, un retour sur ses relations avec la fédération du Pas-de-Calais ces dix dernières années révèle en creux l'incroyable faillite du PS local. Ce "parti dans le parti" est devenu complice tacite et suicidaire du retour en force de l'extrême droite.
A l'issue du premier tour électoral de dimanche dernier, le FN est en ballottage favorable (39,3% des voix) et le reste des résultats en dit long sur l'état du socialisme à Hénin-Beaumont. Daniel Duquenne, secrétaire de section socialiste exclu du parti, arrive en deuxième position (avec 20,2%), devant Pierre Ferrari, président de la section du Mouvemement des jeunes socialistes, soutenue par Martine Aubry mais pas par "la fédé", qui obtient 17%.
Plus loin, derrière les Verts (8,5%) et devant l'UMP (4,3%), on retrouve Pierre Darchicourt, ancien maire PS de 1999 à 2001 (5,3%).
Le politologue lillois Rémy Lefebvre résume : "Dans le bassin minier, et à Hénin-Beaumont plus qu'ailleurs, le PS est en situation de monopole électoral : la droite et le PCF n'existent pas. Comme la ville est considérée comme imperdable, toutes les dissidences sont permises." Selon lui, la forte participation (60%, ce qui est important pour une élection partielle), succédant à de fortes abstentions lors des scrutins précédents, montre que "le FN a su ouvrir une brèche dans la forteresse en récupérant un électorat populaire peu à peu déstabilisé par la mauvaise gestion socialiste et les affaires". Une dynamique dont Mediapart avait rendu compte, lors d'un reportage sur place, le 20 juin dernier.
Deux autres ingrédients viennent compléter la recette du possible succès frontiste, conclut Lefebvre: "un fort
encadrement militant, unique dans la région, et la médiatisation du scrutin, qui rend visible le vote protestataire". Mais même si la question est presque devenue taboue devant la crainte du
spectre lepéniste, le rôle du socialisme du Pas-de-Calais interroge.
Car Hénin-Beaumont est devenu le monstre dégéné d'un socialisme municipal historique : l'hyper-personnalisation a remplacé les figures charismatiques; la solidarité locale a laissé place au paternalisme clientéliste, le mélange des intérêts du parti et de ceux de l'institution règne en maître.
La suite de l'article :
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