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30 janvier 2007 2 30 /01 /janvier /2007 23:40

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jean-claude marteel 30/01/2007 23:51

LEPOINT.FR
Chômage: Mais comment font les Anglais? Avec un taux de chômage de 4,6 % et une croissance au beau fixe, la Grande-Bretagne fait des jaloux dans toute l'Europe. Mais son « modèle » est-il transposable en France ?
 De notre envoyé spécial Etienne Gernelle (avec Frédérique Andréani à Londres)
 Al'entrée, c'est un peu comme dans un restaurant chic. Un petit pupitre, et une personne aimable pour vous indiquer le chemin. Ensuite, on passe à travers une forêt de bornes informatiques plutôt design, où l'on peut consulter et imprimer les offres d'emplois. Moquette épaisse et bois clair, tout sent le propre et le neuf. Les entretiens ont lieu un peu plus loin, autour d'une table. Surtout, pas de Plexiglas ni d'hygiaphone. Vous n'êtes pas un chômeur, vous êtes un « client ». Nous sommes à Balham, dans la banlieue sud de Londres, dans l'un de ces Jobcentres Plus - ou agences de l'emploi - qui sont la vitrine de la politique antichômage du gouvernement Blair.
Si personne ne songe à se moquer de cette approche très « business » de l'emploi, c'est que le système fonctionne à merveille : un taux de chômage à 4,6% selon les critères du Bureau international du travail, contre 9,9% en France ! Et ce taux a beaucoup diminué. Il se trouvait à plus de 10% il y a dix ans. Un cinglant démenti à tous ceux qui, en France, croient pouvoir dire, comme François Mitterrand, que « tout a été essayé » en la matière. En outre, contrairement aux pays scandinaves, la Grande-Bretagne est un pays de population équivalente. La comparaison n'en est que plus pertinente. Pour autant, le « modèle » britannique n'a pas bonne réputation en France. La Grande-Bretagne reste pour beaucoup, et non sans quelques raisons, le pays de la précarité et des travailleurs pauvres. Reste que le pays du chômage à moins de 5% intrigue : depuis deux ans, les ministres français se succèdent à Londres, en quête de ce que l'on pourrait copier de ce petit eldorado de l'emploi, qui est d'autant plus agaçant qu'il est à portée d'Eurostar. Jean-Louis Borloo, ministre de la Cohésion sociale, ne cache pas qu'il s'est inspiré de l'expérience des Jobcentres Plus pour son projet de « maisons de l'emploi ». Le dernier visiteur ministériel en date a été Nicolas Sarkozy. Devant le patronat anglais, l'hôte de Bercy affirmait que l'Europe avait « besoin de la Grande-Bretagne » et avait des « leçons à tirer des réussites britanniques », notamment à propos de l'emploi et de la croissance. Mais que font donc les Britanniques pour avoir si peu de chômeurs ? Tout d'abord, ils contrôlent. Retour au Jobcentre Plus de Balham. Fadel Nawish a 30 ans. Il est né à Gaza. Il débarque à Londres et se présente à un premier rendez-vous. « Que savez-vous faire ? questionne la conseillère du Jobcentre Plus. - J'étais chauffeur de camion en Irak, puis au Koweït, explique-t-il. Mais ici je n'ai pas de permis de conduire. Je ne sais pas... Je peux peut-être travailler dans la sécurité ?- Très bien. Il vous faut une autorisation pour cela. Je vous indique l'adresse. Dans quinze jours, pour votre deuxième rendez-vous, vous devrez avoir fait les démarches. Nous sommes d'accord ? - D'accord.- Vous êtes conscient que le contrat que vous signez et les indemnités que vous recevez vous donnent des responsabilités ?- Oui.»Pour Fadel Nawish, ce sera 55 livres par semaine, soit 346 euros par mois. Et l'obligation, comme tous les autres chômeurs, de se présenter tous les quinze jours pour justifier de l'avancement de ses recherches. Justement, un peu plus loin se déroule l'un de ces entretiens bimensuels. Le « contrôlé » se nomme Oliver. Il cherche un emploi d'assistant chez un architecte. Sans succès. Et cela dure depuis trois mois.- Vous avez envoyé des CV ?- Oui.- Et vous avez eu des réponses ?- Non.- Vous devriez vous tourner vers autre chose en attendant, souligne d'un ton doux mais ferme la conseillère. Vous avez inscrit sur votre dossier informatique « distribution » comme deuxième choix. Oliver devra donc se trouver un emploi dans un supermarché en attendant un poste dans un cabinet d'architectes. Pas le choix. Ici, au bout d'un certain temps, il faut travailler. Et les conseillers du centre y veillent. « Nous avons le droit de les faire revenir tous les jours si nous voulons, explique Anna Verkulis, l'une de ces conseillères. Et si nous sentons que le chômeur ne joue pas le jeu, son cas est jugé par une commission qui peut le priver de ses allocations. » La morale du Parti travailliste au pouvoir peut se résumer à cette phrase : tout plutôt que le chômage. Les contrôles sont une forte incitation. Les modestes montants des allocations en sont une autre : l'allocation est la même que l'on ait été auparavant au salaire minimum ou à 10 000 euros par mois ! Le tarif est donc de 346 euros par mois. Dur, mais à cette allocation s'ajoutent les housing benefits. Tant que l'on touche l'allocation chômage, on a droit à l'allocation logement. L'Etat paie le loyer ou les traites du demandeur d'emploi s'il a emprunté pour acheter. Avec certaines limites : les gros loyers ne sont payés qu'avec une décote, que l'indemnité chômage ne compense pas toujours. Conclusion : le chômeur ne se retrouve pas à la rue, mais sa situation est inconfortable.Voici pour le bâton. Côté carotte, le gouvernement britannique a choisi d'encourager le travail, même mal payé, en rajoutant de sa poche pour les plus bas salaires. C'est le système du tax credit, un impôt négatif. « Pour ceux qui ont des enfants, ce système peut parfois doubler leur revenu », reconnaît Ian Brinkley, syndicaliste, économiste en chef du Trade Union Congress, la fédération des syndicats britanniques. Quant à ceux qui cherchent sincèrement et ne trouvent vraiment pas, le gouvernement Blair a inventé pour eux un traitement de choc, le new deal : une séquence de formation accélérée, obligatoire au bout de six mois de chômage. Le chômeur est alors véritablement pris en main, avec un traitement individualisé et intensif. Un système qui s'avère, de l'avis général, très efficace. « C'est la grande réalisation du gouvernement Blair », affirme encore Ian Brinkley. Mais à se promener dans les couloirs proprets du Jobcentre Plus de Balham, un doute ne peut qu'assaillir le visiteur : où sont donc les « paumés », les vrais, les cas les plus difficiles, ceux qui sont loin de retrouver un emploi ? Réponse : ils ne sont pas dans la colonne « chômeurs », mais dans la colonne « handicapés » : 2,8 millions de personnes touchent en Grande-Bretagne une allocation d'incapacité. Problème, sur ces 2,8 millions, 750 000 déclareraient vouloir travailler... Comme aux Pays-Bas, le handicap sert de voile au chômage. Non que les allocataires soient des simulateurs. Le glissement d'un système d'indemnisation à l'autre est plus subtil. « Si vous arrivez en disant que vous avez travaillé pendant vingt ans comme ouvrier dans l'industrie, que vous avez perdu votre job à la suite d'une restructuration et que maintenant vous avez mal au dos, on ne vous fera pas d'histoires pour l'allocation », fait remarquer anonymement un responsable du ministère britannique du Travail. Exemple à Leeds, dans le nord de l'Angleterre. « Leeds est une miniature de l'économie britannique, affirme Malcom Sawyer, professeur d'économie à l'université de la ville. Ici, le textile a longtemps fait la prospérité de la région, notamment la marque Burton. Aujourd'hui, il n'en reste presque rien. Ce sont désormais les services financiers qui créent de l'emploi.» A Leeds, FirstDirect, la plus grande banque par téléphone et Internet du pays, et GE Capital sont en effet parmi les plus gros employeurs. Et ce n'est pas un hasard si le centre d'appels de ce dernier se trouve dans une ancienne usine textile. Le « miracle » financier a sauvé la ville. Mais pas tout le monde. Ceux qui travaillent chez GE Capital ne sont pas d'anciens ouvriers. « Ceux-là sont partis en préretraite ou touchent l'allocation d'incapacité physique », précise Malcom Sawyer. Finalement, les chômeurs hérités de la désindustrialisation, difficiles à reclasser, ne sont pas mieux réinsérés dans le système en Grande-Bretagne que ne le sont les anciens de Bata et Moulinex en France. Simplement, la plupart ne figurent pas sur les listes de chômeurs. mais ces « ruses » statistiques ne suffisent pas à expliquer la différence entre le taux de chômage britannique et le taux de chômage français. D'autant que la France a elle aussi les moyens d'influencer les chiffres à coups de formations, stages ou emplois subventionnés. Voici donc la deuxième grande explication du « miracle » britannique, la plus polémique. Il s'agit bien sûr du modèle libéral, la réduction au minimum des règles sociales. Les restrictions pour les licenciements sont en effet quasi nulles. Et les Britanniques ne sont pas près de revenir sur ce fait historique. « C'est une des clés de notre succès, clame Richard Portes, professeur à la London Business School. Il est évident que les contraintes de licenciement sont un frein à l'embauche. » Côté syndicats, on ne fait d'ailleurs pas de ce sujet un cheval de bataille.Pour les salaires, en revanche, les choses ont bien changé. Contrairement à une idée répandue, il existe bien un salaire minimum au Royaume-Uni.Il est même plus élevé qu'en France. Aujourd'hui, il est de 4,85 livres par heure, soit environ 7 euros. Chez nous, le salaire minimum horaire est de 7,61 euros brut, soit 5,88 euros net. Naturellement, le coût de la vie, bien supérieur à Londres, rend la comparaison difficile. Ce qui est sûr, c'est que le salaire minimum, qui était de 3,60 livres seulement lors de sa création, en 1998, a considérablement augmenté, améliorant les conditions de vie de millions de travailleurs pauvres. Le hic, c'est qu'il s'agit d'un salaire horaire, qui ne garantit pas un revenu mensuel. Or le nombre de gens employés malgré eux à temps partiel est important. Anna a 22 ans. Elle travaille dans un restaurant londonien: « Je n'arrive à travailler qu'une trentaine d'heures par semaine. A 7 euros par heure, ça ne fait pas beaucoup. Sans les pourboires, je n'y arriverais pas ». Mais il y a pis, raconte Deborah Littman, syndicaliste et spécialiste des travailleurs pauvres : « Les gens qui préparent les déjeuners pour les cantines des écoles sont embauchés pour trois heures par jour, raconte-t-elle. Ces heures se situent au milieu de la journée. Ils peuvent difficilement faire autre chose. Et que gagnent-ils à la fin de la journée ? A peine 21 euros... Que voulez-vous faire avec ça ? »Ils sont très nombreux, en Grande-Bretagne, à occuper ce que l'on appelle en France les « petits boulots » : serveurs, agents de sécurité, employés de supermarché. C'est l'une des clés de la baisse du chômage. « La modification des lois sur les horaires d'ouverture a créé beaucoup d'emplois, souligne Ray Barrell, chercheur au NIESR, prestigieux institut de recherche économique londonien. Il y a quinze ans, Londres était fermé à 6 heures et demie le soir. » Aujourd'hui, nombre de supermarchés sont ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Des emplois difficiles et mal payés ? Sûrement. « Mais vous pensez que vos chômeurs vivent mieux ? » demande Richard Portes. Le Labour, en tout cas, a fait son choix : celui du travail à tout prix.

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