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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 14:00

 

Sarko ou le chaos !

Source : NouvelObs.com  -  le 11 avril 2012

 

Agiter le spectre de la faillite et de la peur du "rouge", le sauve-qui peut de Nicolas Sarkozy est un grand classique de l’histoire de la droite française lorsqu’elle est sur le point de perdre le pouvoir.

Sarko ou le chaos ! Telle est donc la stratégie de la dernière chance adoptée par le président sortant. François Fillon se fait sépulcral, comme il aime à l’être, pour annoncer d’une voix d’outre-tombe l’Apocalypse en cas de victoire du prétendant socialiste, une prophétie qui nous rappelle qu’il se lamentait déjà d’être "à la tête d’un Etat en faillite" il y a quatre ans et demi… Nicolas Sarkozy nous promet, lui, si François Hollande le remplace à l’Elysée, un naufrage en "deux jours" qui mettrait "la France à genoux". Et c’est tout le chœur de l’UMP qui reprend la nouvelle complainte concoctée à l’Elysée: si la gauche est appelée au pouvoir, la France deviendra la Grèce ! Peut-être même la tour Eiffel prendra-t-elle l’allure, certes toujours majestueuse, mais un rien dégradée, de l’Acropole ?

Bien sûr, on peut douter de la crédibilité du propos de Nicolas Sarkozy en matière de rigueur gestionnaire au vu de son bilan: 500 milliards d’endettement supplémentaire, des déficits records et la perte du fameux triple A érigé en "trésor national" par son ami Alain Minc…

Surtout, il s’agit du quatrième changement de tactique du candidat UMP en à peine deux mois de campagne. De zig en zag, Nicolas Sarkozy est revenu à son point de départ. Il reprend donc la posture du président protecteur face à la crise, allié indéfectible d’Angela Merkel, secouru par la coalition des chefs de gouvernement de l’UE en péril, et seul à même d’apaiser l’insatiable appétit des spéculateurs. Hier "candidat du peuple", en guerre contre les élites et les puissants, le voilà donc redevenu candidat des marchés ! On s’y perd… Et cette posture aux allures de sauve-qui-peut est loin d’être une garantie de succès électoral dans l’atmosphère de jacquerie anti-bancaire qui règne en Europe depuis le krach financier de l’automne 2008.

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En fait, il s’agit là de la résurgence d’une stratégie qui fait partie de l’ADN même des forces conservatrices lorsque celles-ci sont sur le point de perdre le pouvoir. Et c’est une stratégie qui a échoué à chaque fois, ou presque, qu’elle a été mise en œuvre. Agiter le spectre de la banqueroute provoquée par un programme irresponsable, lequel est appliqué sous la pression des "rouges, voilà un grand classique de la logorrhée de la droite française, presque une figure imposée de l’histoire de cette famille politique lorsqu’elle sent les manettes lui échapper.

Jadis, à la fin du XIX è siècle, c’est l’irruption des "partageux" sur le devant de la scène qui était supposée effrayer d’un même mouvement le bourgeois des villes et le paysan des champs. Et les envoyer tous deux, cornaqués par le magistère de l’Eglise, voter bras dessus, bras dessous en faveur de la réaction. La manœuvre, réitérée, n’a pas empêché les radicaux de diverses obédiences d’asseoir, puis de conforter la Troisième République contre les cléricaux en faisant adopter une batterie de lois civiles (école laïque, loi de 1905, etc) puis sociales (journée de 8 heures, libertés syndicales, etc).

En 1924, le gouvernement d’Edouard Herriot se heurta, lui, de plein fouet au légendaire "mur de l’argent", cette coalition des milieux bancaires et financiers qui s’opposa avec vigueur à la victoire, puis au succès du Cartel des gauches.

En 1936, pour remporter les élections, puis pour gouverner, le gouvernement de Front populaire conduit par Léon Blum dût affronter résolument les fameuses "200 familles", les 200 plus gros actionnaires de la Banque de France définis en ces termes, deux ans plus tôt, par le radical Edouard Daladier : "Deux cents familles sont maîtresses de l’économie française et, en fait, de la politique française. Ce sont des forces qu’un État démocratique ne devrait pas tolérer, que Richelieu n’eût pas tolérées dans le royaume de France. L’influence des deux cents familles pèse sur le système fiscal, sur les transports, sur le crédit. Les deux cents familles placent au pouvoir leurs délégués. Elles interviennent sur l'opinion publique, car elles contrôlent la presse."

En 1981, enfin, la droite giscardienne acheva la campagne élyséenne en fustigeant sur tous les tons le danger communiste incarné à la télévision par la verve du tonitruant Georges Marchais. Zélé serviteur du président sortant, l’impayable Michel Poniatowski n’avait pas de mots assez violents pour pronostiquer, en cas de victoire de la gauche, la formation de queues devant les boulangeries et l’arrivée des chars soviétiques place de la Concorde. Quant à l’entrée à l’Elysée de François Mitterrand, elle se déroula dans une atmosphère de fuite des capitaux, d’attaques spéculatives contre le franc et de trésorerie publique quasi-nulle, le tout sous le regard indifférent du gouvernement Barre qui laissa couler un peu plus la situation financière du pays durant les dix jours de transition au sommet de l’Etat.

En ressuscitant le spectre de la faillite et l’hydre du péril "rouge", incarné cette fois par le trublion Jean-Luc Mélenchon, accusé de "prendre en otage" (cliché incontournable…) le naïf social-démocrate, Nicolas Sarkozy est donc loin d’innover. Il ne fait que renouer avec une tradition ancestrale de la droite française, celle qui consiste à exacerber un vote de peur pour tenter de garder le pouvoir. Un ultime réflexe de survie le plus souvent synonyme de défaite annoncée…

En recourant à ce registre, Nicolas Sarkozy donne à ces derniers jours de campagne une teinte qui rappelle un peu plus l’ambiance du sprint final de celle de 1981. Est-il besoin de lui rappeler qui remporta cette année-là l’élection présidentielle, contre les puissances d’argent et contre les marchés ? 

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Published by CORDIEZ Daniel - dans Présidentielles 2012
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