Le désaveu
Dix mois après son élection triomphale, Nicolas Sarkozy a essuyé hier soir un vrai revers électoral. Il s’agit maintenant pour lui de minimiser la portée politique de cette défaite et de démontrer que ni sa politique ni sa personnalité n’en sont responsables. Pas simple lorsque des villes symboles comme Strasbourg et surtout Périgueux sont passées à gauche, avec la défaite du ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos (lire ci-contre).
Gifle
Muré à l’Elysée comme lors du 1er tour, où il a passé sa soirée pendu au téléphone à appeler élus et battus, Nicolas Sarkozy a laissé à François Fillon le soin de parler pour lui. Pour le Premier ministre, "il est malvenu" de tirer des leçons nationales des votes d’hier : "L'importance des enjeux locaux et la faible participation ne s’y prêtent pas." S’il concède que la gauche a "partiellement rétabli" sa situation en reconquérant nombre de villes passées à droite en 2001, il s’offusque que le vote des Français puisse être "instrumentalisé par des considérations partisanes". Et, pour rabaisser l’impact des votes d’hier, il met en avant le "fort taux d’abstention". Sourd à tout message de portée nationale des électeurs, François Fillon a prévenu : "Nous allons poursuivre notre politique." Les réformes vont donc être amplifiées, mais "mieux expliquées" , ont dit en chœur tous les responsables de la majorité. "La politique de la France, les électeurs l’ont majoritairement choisie à l’occasion des élections présidentielle et législatives", a martelé François Fillon.
Au nom de la "cohérence" et de la spécificité de chaque vote, l’exécutif n’entend donc pas changer de cap ni infléchir sa politique. La seule leçon qu’il accepte de tirer du scrutin est celle de "l’impatience des Français" quant aux résultats des réformes. Hier soir, le Premier ministre a promis que "la bataille pour l’emploi et le pouvoir d’achat [allait] s’accentuer", avec de nouveaux textes présentés au Parlement.
Dès aujourd’hui, Nicolas Sarkozy devrait annoncer un remaniement a minima de son équipe gouvernementale (Libération du 15 mars). Il procédera aussi à des ajustements au sein de son cabinet à l’Elysée. Persuadé qu’il garde intacte sa capacité à conduire "la rupture" sur laquelle il a été élu, le chef de l’Etat va cependant devoir davantage rendre des comptes à sa majorité. La gifle d’hier ne sera pas sans conséquences sur l’humeur d’élus UMP qui doutent de plus en plus ouvertement du Président et avaient fait campagne leur étiquette dans la poche. Les promesses non tenues en matière de pouvoir d’achat ont pesé lourd et le chef de l’Etat n’a toujours pas trouvé le moyen d’y répondre.
Oubliettes
En fin de semaine dernière, l’Elysée a déclenché une formidable opération de communication pour mettre en scène un Nicolas Sarkozy en plein changement. Non sur le fond, mais sur la forme. Le style clinquant, les goujateries et l’étalage de la vie privée seraient à ranger aux oubliettes. A voir. Mais il n’est pas certain que ce genre d’artifice suffise à apaiser la demande de résultats qui s’est exprimée hier dans les urnes.