Comme j'éprouve une certaine "nicolassitude" (le néologisme n'est pas de moi) après la prestation télévisée du résident de l'Elysée -- prestation qu'avec effort j'ai regardé, par intermitude, ça va de soi -- je ne résiste pas à l'envie de publier ce billet de Michèle DELAUNAY.
Sur son blog, je trouve fréquemment de ces billets agréables à lire, avec beaucoup d'esprit et d'original ... -itude ! :
- itude
Par Michèle Delaunay, lundi 21 avril 2008
Césaire encore. Son apport le plus décisif dans la langue sera sans doute ce suffixe, magnifiquement illustré dans "négritude". Non, que cet -itude n'existait pas, mais il n'était jusqu'alors pas accessible aux sens (ceux qui perçoivent la langue juste en reniflant), non plus qu'au sens commun.
- itude est en effet magnifique : à la fois la gloire et le poids d'une condition. On a eu tort de se gausser, parmi les visages pâles de la politique, du "bravitude" de Ségolène. Je ne sais si elle l'a fait exprès. Mais quelle justesse que ce "bravitude" ! Ceux que, depuis leur jeune âge, on taxe de "courageux" ou de "braves", et qui en sont à la fois fiers et en ont, dans le même temps, plein le dos, comprennent au premier battement de sourcil , la plén-itude de ce mot. C'est tellemeent fatiguant d'être brave ou courageux à plein temps !
- itude est une dimension nouvelle à un état. Prenons un exemple (au hasard..) : il y a la féminité, le féminisme (la même chose, revendiquée politiquement) ; j'ai essayé d'inventer la féminiCité (la place des femmes dans la Cité, l'équivalent public de la féminité qui appartient au monde privé), mais je revendique aussi la féminitude, c'est à dire l'un et l'autre, avec le droit de s'en enorgueillir et, en même temps, d'avoir envie de le déposer comme un paquet en rentrant à la maison.
Bon, d'accord, la masculinitude, ça existe aussi. Mais reconnaissons que ce n'est pas à moi de la défendre.
J'apprécie aussi ce commentaire déposé sur le blog de Michèle :
A une journaliste qui lui posait cette question : "Est-ce que vous avez l'impression (...) que vous avez réussi à susciter le débat (entre la France et "cette campagne")?", Nicolas Sarkozy répond :
"Hélène Jouan, ne me prêtez pas une telle fatitude."
Prise d'une étrange léthargie, s'agissant de répercuter un lapsus vraisemblable sur "fatuité", les médias se sont abstenus de commenter (à l'exception - au moins - de "Liberation").
Alors que Ségolène ROYAL avait été fustigée par la droite (*) pour sa "bravitude", la gauche laissa passer - distraction, ou élégance ? - la "fatitude" sarkozyenne.
Retenons-en la "montée en puissance" du suffixe -itude, avec lequel il va falloir compter.
(*) ... j'ajoute : mais pas que !!!