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Pas de réception du dalaï-lama ! ... Sarko lui envoie Carla

Rodomontades et dégonflages se succèdent à une cadence accélérée,
donnant de la France l'image d'une République d'opérette ...


Source : nouvelobs.com - le 14.08.2008 - Article de Jacques JULLIARD

Quelqu'un pourrait-il nous expliquer la politique chinoise de Nicolas Sarkozy ? Car, moi, je donne ma langue au chat.

Tout avait bien commencé en août 2007, quand le nouveau président fait un voyage très réussi à Pékin, avec à la clé 20 milliards de contrats, notamment pour Airbus, Areva... Bon, me disais-je alors, cette politique manque de panache, et les droits de l'homme sont passés par profits et pertes. Mais quoi ! C'est le réalisme habituel de la droite. Il a été élu pour ça : les chômeurs français avant les taulards chinois.

S'est-il, à cette occasion, engagé à ne pas se mêler des affaires intérieures de l'Empire du Milieu ? Lui-même le nie, mais les Chinois se comportent comme s'il l'avait fait. D'où leur fureur quand Sarkozy, sensible à la pression intérieure française, conditionne, en mars 2008, sa venue à Pékin à des pas en avant dans l'affaire tibétaine. Pourquoi pas, me dis-je alors. Le président, après réflexion, vient de s'aligner sur la fermeté tranquille d'Angela Merkel, qui a décidé une fois pour toutes et sans tapage qu'elle n'irait pas à Pékin. Et cela sans désagrément particulier pour son pays. Mais quand il s'agit de la France les Chinois ne décolèrent pas.

Alors, tout compte fait, Sarkozy ira à Pékin : on ne boycotte pas, dit-il, le quart de l'humanité. A ceci près que ce n'est pas le quart de l'humanité qu'il s'agissait de boycotter, mais ses dirigeants, qui lui refusent la liberté. Peine perdue : lors de la cérémonie d'ouverture, la délégation française est la seule à être sifflée : bravo l'artiste
!


Dernier épisode de ce feuilleton digne des Pieds Nickelés. Le dalaï-lama s'annonce à Paris durant les Jeux, ce qui n'est pas un cadeau, convenons-en. Et Sarkozy le recevra : "Ce n'est pas à la Chine de fixer mon agenda et mes rendez-vous" (10 juillet). "Conséquences graves à prévoir", réplique alors l'ambassadeur de Chine.
Vraiment ? Alors, pas de réception du dalaï-lama ! Il risque de se vexer ? On lui enverra Carla.


Il est tout de même difficile de faire plus brouillon et plus maladroit. Rodomontades et dégonflages se succèdent à une cadence accélérée, donnant de la France l'image d'une République d'opérette, d'un rocher de Monaco de 550 000 kilomètres carrés. Les Français s'accommodent tant bien que mal de ce président capricant et peu fiable, car ils l'ont élu. Mais nos partenaires étrangers voient de plus en plus mal pourquoi ils devraient supporter ce gyrophare en folie.

(extra cette image !!!)

Mais il n'y a pas que Sarkozy pour inquiéter. La Chine aussi. On s'est extasié un peu partout, et non sans raison, sur la perfection grandiose de cette cérémonie d'ouverture. J'avoue que ces gigantesques déploiements humains, où l'individu est réduit à l'état de point coloré sur une tapisserie, me laissent dans un état de fort malaise. Qu'on le veuille ou non, ces parades évoquent des précédents totalitaires. L'Allemagne nazie, la Corée du Nord, la Chine de Mao, déjà... Certes, les dirigeants de Pékin ont eu l'intelligence de ne pas faire de la cérémonie une apothéose du régime. Reste qu'elle était tout sauf un hymne à la liberté. Surtout quand on sait que 400 000 hommes en armes patrouillent dans les rues, que les prisons sont pleines, que le Tibet est sous la botte et que les dissidents sont pourchassés.

"C'est une grave erreur de la communauté internationale, écrit Jean-Luc Domenach, l'un des meilleurs sinologues français, d'avoir donné les Jeux à la Chine comme si elle était devenue un pays normal" (le Parisien, 9 août 2008). Les Jeux de Pékin, ce cadeau empoisonné fait à ce troupeau de Panurge que l'on nomme la communauté internationale, sont l'oeuvre de l'ancien président du CIO, le vieux franquiste Juan Samaranch.

Certes, comme à l'ordinaire, les Occidentaux en repartiront avec une belle cargaison de médailles. Il en est pourtant deux qui, à coup sûr, manqueront à leur palmarès : la médaille de la lucidité et celle du courage.
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