Quelque 19,2 millions d'électeurs sont appelés mercredi à participer aux élections prud'homales dont l'enjeu, pour les syndicats, est d' enrayer la hausse continue de l'abstention et d'évaluer leurs forces dans un contexte social morose.
Le scrutin permettra d'abord à 18,670 millions de salariés du secteur privé et 518.000 employeurs inscrits d'élire les 14.512 conseillers prud'homaux chargés de juger les litiges du travail.
Mais il donnera aussi une photographie particulièrement attendue d'un paysage syndical qui va être bouleversé dans les prochaines années par la loi, votée cet été, réformant les règles du dialogue social.
En 2002, la CGT était arrivée en tête avec 32,1% des voix, devant la CFDT (25,2%), Force Ouvrière (18,3%), la CFTC (9,7%), la CFE-CGC (7%), l'Unsa -syndicats autonomes- (5%), Solidaires -dont les syndicats Sud- (1,5%) et les listes diverses (1,3%).
Mais ces élections souffrent d'une désaffection croissante: depuis le premier scrutin en 1979, l'abstention est passée de 36,8% à 67,3% en 2002, et deux récents sondages laissent présager un chiffre comparable.
"La participation est le signe que ceux qui votent sont ceux qui connaissent déjà un syndicat", résume le secrétaire général de la CFDT François Chérèque.
Pour ce scrutin --reporté de 2007 à 2008 afin d'éviter un "téléscopage" avec les élections présidentielle et législatives-- le défi pour les syndicats et le gouvernement est donc de mobiliser au-delà des militants.
Le corps électoral a été augmenté de près de deux millions. Les modalités de vote ont été facilitées, avec la généralisation du vote par correspondance et l'expérimentation du vote électronique à Paris, qui a déjà permis à 78.654 électeurs de voter, soit 5,8% des inscrits dans la capitale.
La plupart des bureaux ouvriront à 08H00, mais certains ouvriront dès 04H00 du matin pour permettre aux salariés travaillant de nuit de voter. Ils fermeront à 18H00 (19H00 dans les grandes villes).
Côté syndicats, on espère que les salariés, "oubliés" de la crise, saisiront le rendez-vous pour exprimer leur mécontentement.
"On veut en faire un test social grandeur nature, dans cette période c'est aussi un message au gouvernement", affirme le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault.
Aux premières heures de jeudi, alors que seront proclamés les résultats définitifs, les syndicats décortiqueront leurs scores et ceux de leurs adversaires. Il s'agira de rechercher des premiers indices sur leur avenir avant l'entrée en vigueur progressive de nouveaux critères pour définir la représentativité de chacun d'entre eux.
D'ici cinq ans, pour avoir le droit de négocier un accord dans une entreprise, un syndicat devra avoir rassemblé au moins 10% des voix aux élections professionnelles (mais non aux prud'homales), et au moins 8% aux niveaux de la branche et interprofessionnel.
"Même si ce n'est pas l'élection prud'homale qui déterminera la représentativité, elle aura un impact politique et psychologique", selon le secrétaire général de Force Ouvrière Jean-Claude Mailly.
Si la CGT, la CFDT et FO ne craignent pas pour leur survie, les deux autres organisations bénéficiant d'une "présomption irréfragable de représentativité", la CFTC et la CFE-CGC, auront un aperçu du chemin à parcourir pour conserver leur place à la table des négociations.
Les organisations non-représentatives, Unsa et Solidaires, comptent, elles, sur un nombre de candidats en augmentation pour progresser et amorcer la conquête de leur représentativité.