
Au moment où le Premier ministre s'apprête à engager la responsabilité du gouvernement, il semble opportun d'essayer d'y voir clair dans les arguments des uns et des autres à propos de la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'Otan.
Les partisans disent :
1/ Nous y avons déjà presque tout réintégré. Vrai et ... faux
Oui, Mitterrand et Chirac ont, petit à petit, et sans bruit, demandé à leurs ministres puis aux chefs d'état-major de siéger dans presque tous les grands comités.
Oui, Chirac a fait "réinsérer" une centaine d'officiers à Norfolk, à Mons et dans quelques agences de l'Otan.
Mais il s'agit cette fois de près d'un millier d'officiers français à l'horizon 2012 qui travailleront dans une structure dirigée par un général américain. Autant d'officiers qui ne feront pas carrière dans l'Europe de la Défense.
2/ Mitterand et Chirac ont eux aussi voulu le faire. Oui, mais
ils n'ont pas donné suite faute d'accord des Américains sur les requêtes françaises.
3/ Cela va permettre d'européaniser l'Otan. Pas sûr
Certes, la France va obtenir l'un des deux commandements suprêmes de l'Alliance, certes les Américains, obnubilés par l'Asie, se désintéressent de plus en plus de l'Europe et se laisseraient sans doute convaincre de laisser plus de place aux Européens, leurs idées et leur argent dans l'Otan.
Mais rien ne prouve que les Européens, les Britanniques en particulier, le veuillent.
4/ Cela va nous permettre de peser sur le nouveau concept stratégique de l'Otan. Pas vraiment
pas beaucoup plus que si nous ne réintégrions pas puisque les grandes décisions sont prises au NAC (North Atlantic Council), instance politique que nous n'avons jamais quittée et qui, depuis 1992, joue un rôle croissant du fait justement de la volonté de la France de participer aux premières opérations post-guerre froide de l'Otan (lire à ce sujet un très éclairant rapport du Congrès écrit au moment de la guerre en Irak).
5/ Cela va permettre de relancer la défense européenne. Pas sûr
pour les raisons exposées plus haut (3).
1/ Cela nous aurait empêché de dire non à la guerre en Irak. Faux, bien sûr
Regardez l'Allemagne et la Turquie.
L'idée avancée par Bayrou selon laquelle Berlin se serait "abritée" derrière la France parce que Paris n'était pas dans le commandement intégré est une ânerie.
Schröder a effectivement laissé à Chirac le leadership de l'opposition à la guerre américaine en Irak. Mais parce que la France est membre permanent du Conseil de Sécurité et donc dispose, à ce titre, du droit de véto.
2/ Nicolas Sarkozy n'en a jamais parlé pendant la campagne électorale. Vrai
Pas un mot. J'ai vérifié et ses porte-parole de l'époque me l'ont confirmé.
3/ C'est une décision personnelle de Sarkozy. Vrai mais
de Gaulle, Chirac et Mitterrand aussi prenaient ce genre de décision seuls.
4/ Cela affaiblira la défense européenne. Pas sûr
Selon les opposants, les Européens, considérant que la France privilégie désormais l'Otan à l'Europe de la Défense, n'entreprendront plus rien dans ce domaine.
Ils disent aussi, les socialistes en particulier, que Saint Malo n'a été possible que justement parce que la France n'avait pas réintégré le commandement de l'Otan.
Mais les partisans ont beau jeu de rétorquer que depuis dix ans très peu de progrès ont été réalisés, parce que les Européens se méfiaient du double jeu de Paris.
5/ Cela affaiblira, banalisera, la voix de la France. A voir
Les pays arabes, africains, sud-américains ou asiatiques considèrent-ils que, du fait de cette réintégration, la France n'a plus de politique internationale singulière ?
Je n'ai rien lu (à part quelques articles dans la presse... allemande) le laissant penser.
Ou ces pays pensent-ils que la voix singulière de la France se fait d'abord entendre à l'ONU- rappelons nous du discours de Villepin - et que là rien n'a changé, institutionnellement s'entend.