
Source : Les Echos.fr - le 22 juillet 2009
Ce pourrait être une devinette : "Elle est absente et omniprésente à la fois, qui est-elle ?" Réponse : Ségolène Royal, bien entendu. Pas un jour ne s'écoule sans que ses différents services de presse (en région ou à Paris), quand il ne s'agit pas de son association, Désirs d'avenir, ne donnent des nouvelles de l'ancienne candidate à l'élection présidentielle. Hier, en compagnie du sociologue et philosophe Edgar Morin, la présidente du Poitou-Charentes a organisé une conférence de presse dans son QG du boulevard Raspail, à Paris, afin de présenter le programme de "l'université européenne et internationale d'été qui se tiendra à Poitiers" du 1er au 4 octobre.
L'occasion pour elle d'apporter son soutien à "tous les socialistes, dont Martine Aubry, qui travaillent, qui font des efforts, qui essaient de se relever". Elle a ajouté : "Les choses ne sont pas faciles. Je suis persuadée qu'elles vont aller mieux s'il y a un travail sérieux qui est fait." Mais ce n'est pas un soutien sans condition : Ségolène Royal n'a pas oublié d'appeler également à des changements de "méthode" et de "pratiques".
Pacte de non-agression
Depuis le meeting de Rezé du 27 mai où elles étaient apparues côte à côte (alors que Ségolène Royal avait fait faux bond à Martine Aubry pour le défilé du 1 Mai), elles n'ont eu de cesse d'afficher leur rapprochement. Jusqu'à déjeuner ensemble le 9 juin après la déroute du scrutin européen. Toutes deux fragilisées, les deux femmes ont signé un pacte de non-agression. Martine Aubry a recréé une sorte d'alliance et Ségolène Royal ne peut plus être taxée de "revancharde".
Depuis ce déjeuner, Ségolène Royal ne s'exprime plus du tout sur le PS, sauf, comme hier, pour dire tout le bien qu'elle pense de sa nouvelle alliée. L'ex-candidate à l'élection présidentielle dispose de nombreuses tribunes pour se faire entendre, qu'il s'agisse de sa région, de l'étranger (elle représente le PS auprès de l'Internationale socialiste) ou de Désirs d'avenir. Elle chemine parallèlement au PS.
Ségolène Royal le dit en privé : Solferino n'est pas son problème. Son souci est d'être réélue à la présidence de sa région, qui doit être la plate-forme de lancement en vue de la présidentielle de 2012. L'association Désirs d'avenir doit fournir le carburant. En temps voulu, le PS devra apporter le moteur principal et les dispositifs de propulsion auxiliaires. "La droite n'a pas intérêt à affaiblir Ségolène Royal en Poitou-Charentes en lui opposant un trop bon adversaire, car Ségolène est un facteur de division du PS très précieux pour Nicolas Sarkozy", explique un expert du parti …
Des "autistes"
Il reste que, si Ségolène Royal se tait, son entourage parle pour elle. Le PS, c'est “ Good Bye Lenin ” assure l'une de ses proches. "Ils ne se rendent compte de rien." Un autre ajoute : "Personne ne peut gagner sur des décombres : nous avons tous besoin de soutenir Martine Aubry." Le même, quelques instants plus tard, nuance son jugement. "La direction actuelle est composée d'autistes. L'organisation du PS est catastrophique en termes de gestion, de management et de ressources humaines. Finalement, il ne reste déjà plus que Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn pour 2012."
La dernière raison pour laquelle Ségolène Royal n'a pas tant besoin de s'exprimer est que, depuis le congrès de Reims du mois de novembre, la rue de Solferino s'aligne peu ou prou sur les positions qu'elle défendait alors : une démarche participative pour établir le projet politique, la possibilité d'alliances avec le Modem, l'hypothèse de primaires ouvertes à tous les Français.
Finalement, Ségolène Royal, tout en étant peu présente dans le parti, est en passe d'imposer ses idées.