Beaucoup de commentaires dans la presse ce lundi 5 octobre, après le succès de la votation citoyenne sur le statut de La Poste.
L'embarras du choix. Voici ma sélection :
LIBERATION (Laurent Joffrin)
Nouvelle légitimité. Le débat public a trouvé une boussole fiable : Frédéric Lefebvre, le Joe Dalton de l'UMP, aussi méchant et colérique que son homologue de bande dessinée. L'homme est fort commode : quand on l'entend éructer contre une proposition, c'est qu'elle est juste. Lefebvre est un compas qui indique le sud: il faut toujours faire l'inverse de ce qu'il dit. Ainsi du référendum sur la Poste, qui a rencontré un grand succès populaire. Une manip de la gauche et des syndicats, dit-il, pour protester contre une privatisation qui n'aura pas lieu. Tout est faux dans cette déclaration (...)
Grâce à la votation de la semaine dernière, les défenseurs de la Poste trouvent une légitimité nouvelle, que le gouvernement ne peut écarter d'un revers de main. Il y a un an, notre journal demandait déjà un référendum sur la Poste. Le président avait annoncé une réforme de la constitution qui autorisait ces consultations d'initiative populaire : le sort de la Poste était une bonne manière d'étrenner la réforme. A l'époque, une grande partie de la gauche était restée inerte. Le PS se rattrape aujourd'hui en réclamant un véritable référendum. Bienvenue au club.
LA MONTAGNE (Xavier Panon)
La gauche au guichet! Le succès de la votation citoyenne exprime, tel un thermomètre, la température de l'opinion. (...) Comme si le facteur, qui sonne toujours deux fois, les avait sonnés! La gauche, sans réaction depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, n'a pas, cette fois, laissé passer l'occasion de se refaire, comme on dit, la cerise. Profitant même, comme d'un hommage, de la mise en cause gouvernementale, le PS va maintenant déposer une proposition de loi en faveur d'un vrai référendum d'initiative populaire.

Une façon inespérée de faire coup double. Il met le président de la République au défi d'appliquer sa propre innovation constitutionnelle. Et, avec cet os postal à ronger, il surfe sur l'inquiétude populaire.
La méfiance ne cède pas devant les garanties gouvernementales. Les précédents de France Télécom, d'EDF ou de GDF ne plaident pas en faveur de la transformation de la Poste en société anonyme à capitaux publics. Et cette crainte pour l'avenir postal est emblématique d'un sentiment plus diffus. La peur que la nécessaire modernisation des services publics, à Pôle Emploi ou ailleurs, n'aboutisse, dans une logique de rentabilité concurrentielle, à leur déshumanisation.
Avec les conséquences tragiques que l'on voit.
L'ALSACE (Patrick Fluckiger)
Depuis le krach boursier, le langage a quelque peu changé - y compris chez Nicolas Sarkozy - mais le service public continue de rétrécir. Ses défenseurs ont choisi de transformer La Poste en citadelle pour le défendre. Le gouvernement a beau affirmer qu'il ne s'agit pas de privatiser La Poste, la méfiance est de mise. (...) Les postiers craignent de connaître le sort des agents de Gaz de France, qui ont vécu une privatisation en deux étapes. La première a porté sur un changement de statut ressemblant fort à celui que le gouvernement veut appliquer à La Poste ; la seconde a vu la fusion de GDF avec Suez, sous l'égide du président de cette société privée.
Cet exemple, ainsi que les suicides chez France Télécom, la société soeur privatisée depuis plusieurs années, incitent les défenseurs de La Poste à faire barrage pour que le service public ne soit pas livré à la chasse aux profits. La concurrence n'est pas forcément synonyme de baisse des prix, comme en témoigne la privatisation des renseignements téléphoniques. Non seulement ils sont beaucoup plus chers que du temps du "12", mais personne ne s'y retrouve. Et si on parlait de course au service rendu, au lieu de course aux gains financiers ?