Ceci vient à la suite de l'article publié le 11 juillet, intitulé :
Eurogroupe : médias allemands, médias français ... pas pareil !
Il s'agissait d'un article extrait de "Die Zeit", titrant :
L'EUROPE STOPPE LE SUPER-PRESIDENT
Un journaliste français -- eh oui -- vient conforter ce sentiment de "duperie", puisqu'il relate la réunion de BRUXELLES d'une manière totalement différente de ce que nous avons pu comprendre en regardant nos journaux télévisés, par exemple.
AINSI, DERRIERE SOURIRES ET EMBRASSADES,
UNE REELLE PRESSION SUR TSARKOZY !!!
Par Jean Quatremer
LIBERATION.FR : jeudi 12 juillet 2007
L'Europe adore Sarkozy ? C'est le message qu'il a fait passer après s'être invité lundi à la réunion des ministres des Finances de l'Eurogroupe. La réalité est tout autre. Le président de la République s'est même fait remonter les bretelles. Enquête.
Que s'est-il réellement passé lundi soir à Bruxelles lors de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et les ministres des finances de la zone euro ? Le président de la République, lors de la conférence de presse qu'il a tenu vers 20h15, en compagnie de Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe et Premier ministre du Luxembourg, a affirmé que tout s'était bien passé ? "Il y a eu un consensus assez général de satisfaction", et que ses partenaires lui avaient donné quitus pour sa politique économique.
Les médias français, à la différence des journaux étrangers, ont globalement répercuté ce message. Or, la réalité est un tantinet différente. "Le visiteur du soir", comme l'a appelé ironiquement Juncker, s'est fait au contraire sérieusement sermonner par l'ensemble des ministres des Finances présents, sans égard pour son rang, et il a dû prendre toute une série d'engagements pour les rassurer.
"Nicolas Sarkozy ne s'attendait manifestement pas à cette levée de boucliers", raconte un témoin : "Cela a été un feu nourri contre la France. Tous les ministres se sont exprimés pour lui dire leur inquiétude".
Un accrochage tendu a même eu lieu avec Peer Steinbruck, le grand argentier allemand, furieux de voir la France distribuer treize milliards de cadeaux fiscaux et renvoyer l'équilibre des comptes publics à 2012, à la fin du quinquennat, alors que les treize pays de la zone euro se sont engagés en avril sur la date de 2010.
Le ministre l'a dit sans fioriture, comme à son habitude, mettant en doute la volonté de Sarkozy d'accomplir de vraies réformes structurelles seules susceptibles de combler le trou des finances publiques. Surpris par la violence du ton, qu'un germanophone attribue surtout à l?interprétation, le chef de l'Etat lui a rétorqué :
"Je ne vous permets pas de me parler comme ça."
Ambiance. L'Italien Tomasso Padoa-Schioppa, qui est déjà sous la pression d'une partie de sa coalition pour relâcher les efforts budgétaires, lui a aussi fait remarquer qu'il fallait tenir le cap sinon la tâche des autres pays n'allait pas être facilitée?
"Nicolas Sarkozy a dû lâcher du lest alors qu'il ne comptait manifestement pas le faire", poursuit ce témoin. Ainsi, il a dû s'engager à ramener le déficit à "moins de 2,4% en 2008". De même, il présentera dès septembre un "programme de stabilité" rectifié, quatre mois avant la date prévue, dans lequel il listera toutes les réformes structurelles promises. Enfin, il a promis qu'il ferait tous les efforts possibles pour arriver en 2010 à l'équilibre budgétaire et qu'il affecterait toutes les recettes fiscales supplémentaires à la réduction du déficit.
Une relecture attentive des propos tenus lors de la conférence de presse montre d'ailleurs que Jean-Claude Juncker, en dépit des démonstrations d'affection qu'il a eues pour Sarkozy, n'a rien cédé sur le fond. En particulier, il n'a jamais parlé d'un report à 2012 : "Nous avons retenu son engagement et celui du gouvernement de tout faire pour arriver à l'objectif de 2010.
Ce qui n'a pas empêché Sarkozy d'affirmer que la date de 2012 n'avait pas effarouché l'Eurogroupe : "Si le seuil psychologique de confiance que nous créons permettait d'avoir une croissance supérieure, alors nous pourrions être au rendez-vous de 2010. Si nous n'y arrivons pas, alors je demanderai à être au rendez-vous de 2012. Voilà très exactement le débat que nous avons eu."
Curieusement, c'est seulement ce message qui a été retenu en France. François Fillon, le chef du gouvernement, l'a d'ailleurs bien compris ainsi lorsqu'au lendemain de l'Eurogroupe il a affirmé que "notre objectif est très clair, on a dit qu'on reviendrait à l'équilibre en 2012. Si on peut aller plus vite, on ira plus vite, mais notre contrat avec les Français, c'est 2012".
Jean-Claude Juncker a pour sa part enfoncé le clou mercredi devant le Parlement européen : "Jamais il ne fut question d'y être en 2012" ... nous insistons sur notre exigence que la France, comme les autres États membres de la zone Euro, doit être au rendez-vous du moyen terme au 1er janvier 2010".
Bref, encore une fois, Nicolas Sarkozy
a parfaitement maîtrisé sa communication !