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Heures supp. : le slogan ... et les doutes !

 

 Heures supp. : quand une campagne

 électorale commence après le scrutin !

 

Avant le 6 mai 2007 : le slogan ...

Après le 6 mai : les arguments ... et les doutes !

 

(source : site ACRIMED - David Larousserie - le 10 juillet 2007)

 

Un jour les historiens se demanderont peut être de quoi les citoyens ont débattu pendant la dernière campagne présidentielle. S'ils se penchent sur le contenu des quotidiens nationaux ils risquent d'avoir des surprises... L'exemple de la proposition emblématique de Nicolas Sarkozy sur la détaxation des heures supplémentaires montre qu'on discute parfois plus après qu'avant l'élection !

 

 Slogans

"TRAVAILLER PLUS, POUR GAGNER PLUS" : Pour un slogan réussi, c'est un slogan réussi. Dans la presse quotidienne nationale, l'expression surgit bien plus après les élections (presque un matraquage) qu'avant :

         Avant le 6 mai     Entre le 7 mai et le 7 juin
    LE MONDE         3 à 5 fois par mois  

                 15 fois  

    LE FIGARO      20 fois en 4 mois                  20 fois
    LIBERATION      un pic de 13 en avril                  20 fois

 

 

 

 

Encore faut-il préciser comment le slogan se décline lorsqu'il est question des exonérations / défiscalisations / détaxations des heures supplémentaires. Le même phénomène est observable : la mesure, pourtant socialement importante, est à peine plus évoquée pendant les quatre mois de campagne que pendant un seul mois après le 6 mai :

          Avant le 6 mai       Entre le 7 mai et le 7 juin
    LE MONDE          50 fois en 4 mois 

                     40 fois  

    LE FIGARO       50 fois en 4 mois                      50 fois
    LIBERATION          40 fois en 4 mois                      30 fois

 

 

 

 

  Arguments

Reste à mesurer la place accordée aux arguments contre ce projet , en comptant les articles qui en mentionnent. Là encore, les lecteurs n'ont guère eu d'informations entre janvier et fin avril. Encore faut-il bien dire que souvent, ces articles correspondent à des comptes-rendus de meetings socialistes, des entretiens ou des points de vue de dirigeants du PS. Les journalistes ne se mouillent pas trop.

En revanche, après le 6 mai, les rédactions se réveillent : 

        Avant le 6 mai        Entre le 7 mai et le 7 juin
    LE MONDE          10 fois en 4 mois     

                   14 fois  

    LE FIGARO         5 fois en 4 mois                    13 fois
    LIBERATION          10 fois en 4 mois                    17 fois

 

 

 

 

 

Soudain on découvre que la mesure peut être contestée, que sa mise en oeuvre pose des problèmes, que les experts se mettent à parler... Or la plupart de ces questions auraient pu être posées avant (problème avec l'égalité devant l'impôt, extension aux fonctionnaires, aux cadres ; son coût...). En ces temps d' illuminations collectives, l'avis, plutôt sceptique, de l'économiste Pierre Cahuc est alors relayé par les trois quotidiens : son rapport pour le Conseil d'analyses économiques (rapport rendu après le 6 mai) fait du bruit dans cette assemblée. Du coup, d'autres experts sortent du bois. Ainsi Pierre-Yves Geoffard dans Libération, le 21 mai, qui qualifie d' absurde la mesure. Ou Christian de Saint-Etienne le 31 mai à propos du rapport Cahuc ("il y a des moyens plus intelligents de dépenser trois milliards"). Ou encore Francis Kramarz dans le Figaro qui est "réservé", le 30 mai. Ou dans le Monde, le trio Cahuc-Blanchard-Zylberberg, le 5 juin, qui parlent dans un point de vue d' usine à gaz.

Où étaient-ils donc passés avant le 6 mai ?

 Doutes et enquêtes

Alors, les éditorialistes vedettes se mettent à douter un petit peu. Eric Le Boucher dans le Monde (le 30 mai), Michel Godet (même lui !) dans le Figaro (le 30 mai) ou Laurent Joffrin dans Libération, le 31 mai (décidément, ils se réveillent tous ensemble) qui conclut que "manifestement il existe aussi un dogmatisme libéral"...

Les journalistes retroussent alors leurs manches pour aller sur le terrain. La grève dans l'entreprise Kronembourg (début juin) est l'occasion de plonger dans le monde ouvrier et de sonder l'effet de la mesure. Le Monde consacre aussi deux pages à un tour d'horizon dans les entreprises le 7 juin. Certes, de telles plongées avaient déjà eu lieu en usine le 21 février lors d'une visite de Sarkozy chez Renault. Libération aussi avait quand même parlé de cette proposition mal accueillie dans les usines McCormick (1er février). Mais de telles incursions ont été marginalisées tant que les projecteurs étaient braqués sur les sondages et les péripéties de campagne.

Les journaux se sont également beaucoup amusés d'une brève sur le Japon signalant presque simultanément dans les trois quotidiens - quelle belle unanimité ! - l'augmentation du surmenage au travail avec en prime un mot nouveau le "karoshi" (18 mai pour Le Figaro et Libération ; 21 mai pour Le Monde).

Tous comptes faits, il y a eu plus d'articles "négatifs" (plus exactement, d'articles contenant un argument contre la mesure) en un mois après le 6 mai qu'en quatre mois de campagne. Les journalistes ont semblé soudain découvrir ou s'intéresser à une mesure moins sibylline qu'il n'y paraît (effets négatifs sur le chômage, augmentation de la dette des comptes sociaux, non prise en compte de ces heures pour la retraite, heures supplémentaires subies plutôt que choisies...). Seul quotidien à dresser la liste de ces arguments : L'Humanité.

Evidemment cette analyse quantitative partielle sur les quotidiens nationaux ne saurait décrire la totalité de la campagne présidentielle dans les médias. Mais elle permet de mesurer à quel point un débat sur une mesure emblématique peut être étonnamment absent (ou sous-représentée) de ces médias. Le brutal sursaut après l'élection accentue encore l'impression d'escamotage.

Si, dans les principaux quotidiens nationaux, une campagne électorale ne sert qu'à lancer des slogans (comme l' «autonomie des universités» ou le «travailler plus, pour gagner plus»), sans en développer les contenus, on est en droit de s'interroger sur les limites de leur fonction démocratique.

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D
Exactement, c'est ce que démontre en partie David Larousserie. Vous avez tout compris ! D’accord les médias ne sont pas là pour faire le boulot à notre place … ils avaient à promouvoir celui de Sarko, peuvent pas faire tout en même temps !<br /> A notre "petit" niveau, nous avons tenté de passer les messages nécessaires sur ce blog. <br /> Comme je suis adhérent au PS, je voudrais aussi souligner la contribution des militants de notre groupe Désirs d'Avenir Flandre-Littoral : à plusieurs reprises, levés "tôt le matin" (comme Sarko !), ils ont fait leur part du travail en local, en allant distribuer aux portes de certaines entreprises un argumentaire, le plus complet possible (merci Virginie pour ton travail !), sur les aspects "embrouille" du slogan et des mesures envisagées par la Droite. Et cet argumentaire était largement inspiré du boulot'  REELLEMENT EFFECTUE par le PS ... et pratiquement pas relayé par les médias avant le 6 mai, c’est tout à fait exact, alors qu’ils se sont particulièrement réveillés après. Tout cela, ce sont des faits, avérés.<br /> Dire que la gauche aurait gagné si nous avions été plus nombreux, partout, à en faire autant, je n’irai pas jusque là … quoi que ? En tout état de cause, très facile de dire que le PS n’a rien fait, mais c’est  inexact.
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8
En somme c'est de la faute aux journalistes si à gauche le boulot n'a pas été fait ;-)<br />
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