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Elisabeth GUIGOU : Dire OUI, pour sortir l'Union européenne du blocage

 

  

Oui au traité de Lisbonne,
par Elisabeth Guigou
(Le Monde - 31.10.07)
Ce traité est imparfait, mais les traités européens précédents n'étaient pas non plus idéaux. C'est d'un traité insuffisant à l'autre que, depuis cinquante-sept ans, l'Europe s'est faite. Et il ne peut en être autrement car faire l'Europe exige des compromis, entre des nations qui ont leur histoire, leur langue, leur culture, leurs traditions, leurs systèmes économiques et sociaux ainsi qu'entre des partis et des gouvernements de couleurs politiques différentes. Cette diversité est une richesse qu'il faut préserver car elle fait l'originalité de l'Europe, mais qu'il faut aussi savoir surmonter pour créer de l'unité dans un ensemble politique de vingt-sept pays et 480 millions d'habitants. Dire non à ce traité, c'est refuser le compromis nécessaire pour sortir l'Union européenne du blocage. Dire non, c'est condamner l'Union à une crise sans doute insurmontable, car nul ne voit aujourd'hui d'alternatives. Dire non, c'est faire le jeu de ceux qui veulent que l'Europe ne soit qu'une zone de libre-échange adossée à l'OTAN.

Mais, puisque ce traité est médiocre, pourquoi ne pas s'abstenir, afin d'en laisser la responsabilité à ceux qui l'ont négocié et qui n'ont pas su convaincre le Royaume-Uni et la Pologne d'accepter la charte des droits fondamentaux, ni la règle des décisions à la majorité pour la coopération policière et judiciaire ; à ceux qui ont biffé les références au drapeau et à l'hymne européens, changé l'intitulé de la fonction du ministre des affaires étrangères, s'en prenant aux symboles sans changer la réalité ; à ceux qui ne se sont pas battus pour élever le niveau d'exigence dans le domaine social ou dans la recherche et qui n'ont fait aucun progrès vers un gouvernement économique capable de se faire entendre de la Banque centrale européenne. Mais s'abstenir, c'est aussi ne pas approuver la création d'un président stable pour l'Union, d'un responsable unique pour la politique étrangère, la défense et l'aide au développement, la charte des droits fondamentaux obligatoire pour tous les pays sauf deux, une base juridique, enfin !, pour une directive sur les services publics, des décisions rendues plus faciles pour la règle de la majorité, des pouvoirs nouveaux du Parlement européen. S'abstenir c'est ne pas assumer son engagement européen. C'est fuir ses responsabilités, c'est manquer de courage.

SORTIR L'EUROPE DE L'ORNIÈRE

Voter non, c'est se couper du reste de la gauche européenne, s'abstenir c'est se marginaliser au sein de cette gauche européenne, c'est perdre la capacité de peser sur ses choix. Ne pas voter oui, c'est laisser la droite française et européenne s'approprier l'Europe et la modeler à son idéologie.

Le oui est le choix qui permet à l'Europe de sortir de l'ornière, à la gauche européenne de se rassembler, aux socialistes français de regarder devant eux et de se battre avec les sociaux-démocrates européens pour une meilleure Europe. Voter oui n'est pas se renier pour ceux qui croient à l'Europe et qui ont voté non au référendum de 2005. Ils ont posé des questions que nul ne peut désormais esquiver, sur la nature et le sens de l'UE. Voter oui, ce n'est pas la fin de l'histoire. C'est permettre que continue le combat des socialistes pour une Europe plus sociale, plus forte dans la compétition mondiale, plus capable de défendre les intérêts des Européens, de lutter contre la criminalité internationale, de se faire entendre et respecter dans le monde, de maîtriser la mondialisation, d'imposer les difficiles décisions qui engagent l'avenir de la planète. Les socialistes, qui sont depuis toujours des internationalistes, doivent se battre, avec la gauche européenne, pour que l'Union européenne trouve un projet porteur de sens dans le monde du XXIe siècle.

Au siècle dernier, le projet européen a réussi car il a propagé sur le continent la paix et la démocratie. Celles-ci désormais acquises, l'Europe retrouvera du sens pour les citoyens si, comme elle l'a fait au siècle dernier, elle apporte des réponses aux peurs de ce siècle. Les peurs se cristallisent sur la mondialisation. Pourrons-nous en maximiser les bénéfices et en maîtriser les effets pervers ? Les Européens, qui ont pendant deux millénaires fait l'Histoire, continueront-ils à peser dans un monde dominé par d'autres grandes puissances ? La réponse ne dépendra que de nous. Si nous nous replions dans nos frontières nationales, la partie est perdue. Si nous laissons l'Europe végéter, le déclin est assuré. Si nous renonçons à maîtriser la mondialisation financière et à imposer le développement durable, la catastrophe est certaine. En revanche, si la gauche se donne pour mission de faire de l'Europe un acteur mondial, qui fait entendre sa voix pour la paix et la solidarité dans le monde et qui tire la rive sud de la Méditerranée et l'Afrique vers le développement et la démocratie, alors l'Europe retrouvera du sens. Aujourd'hui ce choix passe par la porte étroite du traité de Lisbonne.

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D
<br /> Moi, Benoît, je suis assez effaré par plusieurs réactions de citoyens sur les blogs (que je consulte pas mal) qui osent avancer cette objection : "avant de se prononcer, il faudrait nous présenter le texte, on ne sait pas ce qu’il contient".<br /> C’est quand même stupéfiant, non ? Tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’un copié / collé du TCE, hormis quelques références symboliques … Et donc, je regrette mais le contenu est connu, c’est pour l’essentiel celui de 2005 …<br /> Hormis, quand même, quelques points importants, puisque très fortement critiqués à l’époque, et il semble logique de les relever, maintenant <br /> - TCE = gravé dans le marbre : ce n’est plus le cas<br /> - Pas de référence aux services publics : ce n’est plus le cas ; un protocole concernant les services publics a été ajouté (on parle de services non économiques d'intérêt général … je suppose que l’appellation services publics n’est pas forcément utilisées dans d’autres pays)<br /> - Charte des droits fondamentaux : intégrée au texte (mais dérogations pour le Royaume Uni et la Pologne)<br /> Je n’ai pas la prétention d’être exhaustif là-dessus …<br /> Et je n’affirmerai pas que le texte de Lisbonne limite les excès de la mondialisation, le recours aux délocalisations. Je comptais pourtant sur le plan B … là, je provoque !<br /> Enfin, loin de moi l’intention de polémiquer sur la notion de respect du vote des français, mais je pense que "nous" sommes (le PS, les militants et responsables PS) assez mal placés pour en parler, dans la mesure où nous avons donné aux français l’image d’un parti incapable de respecter et de faire respecter le résultat d’un vote interne.<br />
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B
Mais à quoi joue nos dirigeants ? Il ne s'agit pas de se prononcer pour ou contre ce traité, il faut s'opposer à le faire passer à uniquement à l'assemblée nationale et au sénat !Le PS doit rejeter ce traité uniquement pour que le peuple qui s'est déjà exprimer clairement la dessus puisse à nouveau le faire !C'est un non sens de défendre ce traité dans ces conditions !C'est tout de même une honte pour la démocratie, et un mépris total du vote des français. Dès qu'il y a un risque, vite on ne demande pas ce que nous en pensons. Je suis écoeuré, et encore plus par ceux au sein du PS qui disent qu'ils voteront ce texte (alors qu'ils débutent systèmatiquement leur propos par : ce traité est imparfait mais blablabla ...)
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