
Bernard Accoyer relaie au perchoir
la grogne des députés de la majorité
Source : LEMONDE.FR - 28.01.2008
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Faut-il croire que la présidence de l'Assemblée nationale émancipe le titulaire de la fonction ? Bernard Accoyer, auparavant réputé pour peser soigneusement ses propos et ne pas s'écarter d'une prudente ligne de conduite à l'égard de l'exécutif, s'est illustré, ces dernières semaines, par des prises de position tranchées, que ce soit sur la réforme des institutions, sur la suspension des OGM ou encore sur les propositions de la commission présidée par Jacques Attali pour "libérer la croissance".
Elu au "perchoir" en juin 2007, le député UMP de la Haute-Savoie, médecin ORL de formation, n'hésite plus à donner de la voix. Il est aujourd'hui, parmi les responsables de la majorité, un des mieux placés pour faire remonter le malaise de l'électorat de droite ressenti par les parlementaires. L'ancien président du groupe UMP de l'Assemblée continue à bénéficier de la confiance de bon nombre d'élus, qui viennent fréquemment s'ouvrir à lui des difficultés qu'ils rencontrent "sur le terrain". Lui-même invite régulièrement à l'Hôtel de Lassay des petits groupes de députés afin de "prendre le pouls".
Aussi faut-il prendre au sérieux ses avertissements quand il met en garde sur "une désorientation de l'électorat de droite". Recevant récemment quelques journalistes, le président de l'Assemblée a redit sans ménagement son hostilité aux remèdes préconisés par M. Attali, craignant que ceux-ci ne soient "éloignés de la réalité" et ne s'avèrent pires que le mal. Il a de plus été passablement irrité des ultimatums formulés par le président de la commission afin que ses propositions soient reprises en bloc.
"JACK LANG, C'EST INCOMPATIBLE"
Pour M. Accoyer, pas question de laisser les "experts" prendre le pas sur les élus. "Il ne faut pas que les experts disqualifient ceux qui ont une représentativité authentique, affirme-t-il. Surtout lorsque ces mêmes experts, quand ils étaient au service de François Mitterrand, ont fait la démonstration de leur capacité à nous mener droit dans le mur. On lui a demandé un conseil, c'est déjà beaucoup d'honneur compte tenu de son parcours. On ne lui en demande pas plus." "La République des experts, poursuit M. Accoyer, ce n'est pas bon pour la démocratie, car ils ont un peu trop l'ivresse - ou la nostalgie - du pouvoir."
La critique du mode de gouvernance voulu par Nicolas Sarkozy depuis son élection est implicite. Si les élus de la majorité ont approuvé l'ouverture quand elle permettait de semer le trouble dans les rangs de l'opposition, ils se montrent aujourd'hui beaucoup plus réservés. Pour eux, l'habileté tactique du chef de l'Etat ne saurait prendre le pas sur la lisibilité de son action. Si celui-ci décidait de pousser plus loin les feux de l'ouverture, il risquerait de se heurter à des réticences exacerbées parmi ses troupes. "Jack Lang, c'est tout à fait incompatible avec l'électorat de Sarkozy et les députés de l'UMP", prévient crûment M. Accoyer.
Le choix du président de la République de s'investir dans les élections à venir ne fait pas plus l'unanimité. "La politisation des municipales n'est pas forcément bien vécue", reconnaît le député de la Haute-Savoie. Longtemps membre de la commission d'investiture du RPR puis de l'UMP, il estime - "c'est arithmétique" - que ces élections ne devraient pas être favorables au camp majoritaire. "En faire des élections politiques, cela va compliquer les choses", conclut-il.