
Ségolène Royal soigne ses effets d'annonce. En déplacement, hier, à Angoulême, la présidente de Poitou-Charentes a créé la surprise en glissant à l'oreille de l'Agence France-Presse qu'elle proposait au Modem une alliance locale dès le premier tour des régionales. Elle garantit cinq places éligibles au parti de François Bayrou, "ce qui permet de constituer un groupe à la Région". Cette annonce a été diffusée en début de soirée, quelques minutes avant le journal de 20 heures de TF1, où Mme Royal, interrogée au téléphone, a confirmé et expliqué sa proposition.
Cette main est tendue au Modem le jour où François Bayrou a réuni ses troupes en congrès à Arras et prôné l'avènement d'un "arc central" qui va "de la gauche républicaine à la droite sociale, en passant par le centre et les écologistes".
"Il a raison, il faut faire cet arc central " a dit Mme Royal, en ajoutant : "Pourquoi attendre les prochaines élections ?" La responsable socialiste, qui a indiqué avoir fait cette proposition au Modem local, dit espérer que "le Modem central donnera son aval à cette innovation politique". L'ancienne candidate à l'Élysée est "prête à rencontrer le président François Bayrou", et elle veut "faire de sa région un laboratoire du rassemblement, des altermondialistes au Modem".
Comment analyser cette main tendue d'une femme qui, longtemps, a dit "refuser de négocier avec les appareils politiques" ? Coup de poker d'une élue en chute dans les sondages ? Au plan national, tout d'abord, Mme Royal coupe l'herbe sous le pied à François Bayrou. Elle lui prend la vedette. À Arras, l'intéressé n'a toujours pas souhaité réagir.
La danse du ventre
Au plan régional, ensuite, la présidente sortante poursuit sa politique d'ouverture. Les Verts et les communistes ont préféré faire listes seuls ? Elle débauche, recrute deux verts et un syndicaliste, et s'ouvre à la société civile. Aujourd'hui, rien d'étonnant à ce qu'elle propose cinq places éligibles au Modem. En effet, il existe un réel malaise dans les rangs du Mouvement en Poitou-Charentes, qui n'a toujours pas de chef de file. Les militants locaux ont suggéré le nom d'Alexis Blanc, 34 ans, de l'île d'Oléron. Le Charentais Pascal Monier est aussi candidat. Mais le national préfère Élisabeth Delorme-Blaizot, conseillère régionale sortante. Paris devait trancher mardi dernier. Rien n'a été réglé.
Alexis Blanc en a d'ailleurs parlé avec François Bayrou. Le ton est monté. Aujourd'hui, Alexis Blanc fait monter la pression : "Mme Royal m'a appelé ce samedi après-midi. Je lui ai répondu que sa proposition était honnête. Oui, en Poitou-Charentes, nous pouvons être les précurseurs de cette alternance que François Bayrou appelle de ses voeux.
Maintenant, que Paris arrête sa danse du ventre et nous dise ce que nous devons faire localement !"
Jérôme Sourisseau, responsable du Modem en Charente, est plus circonspect : "Notre stratégie, c'est l'autonomie au premier tour. En fonction des résultats, nous verrons quel est le meilleur rassemblement pour la région."
À gauche, en revanche, certains grimacent. C'est le cas de Pouria Amirshahi, le premier fédéral de Charente : "C'est inadmissible ! Pourquoi a-t-elle attendu le lendemain de notre vote interne pour abattre ses cartes ? Elle a manqué de loyauté envers les militants !"