DÉPLACEMENT DE SARKOZY EN MOSELLE
Les oubliés de GANDRANGE
Source : Lepoint.fr - le 7 octobre 2009
La stèle érigée le 4 février 2009 par la CFDT en souvenir des promesses "non tenues" de Nicolas Sarkozy pour le site de Gandrange
À l'entrée de l'ancienne usine de Gandrange trône une stèle en granit gris. Un an jour pour jour après la visite du chef de l'État sur le site d'ArcelorMittal, la CFDT y avait fait graver cette inscription en lettres d'or : "Ici reposent les promesses de N. Sarkozy faites le 4 février 2008 à Gandrange : 'Avec ou sans Mittal, l'État investira dans Gandrange'". Ce 4 février 2008, le président avait solennellement assuré devant les salariés que l'objectif était de "trouver une solution totale ou partielle pour maintenir l'outil de production". Sous les applaudissements, le président de la République avait ajouté que l'État était prêt à prendre en charge tout ou partie des investissements nécessaires" et qu'il reviendrait.
Et le président revient jeudi en Moselle, mais sans faire étape à Gandrange où l'usine est définitivement fermée depuis le 31 mars. Le maire socialiste, qui a pris connaissance de l'itinéraire par voie de presse, n'est "pas surpris". Le président ne "supporte pas la plus grosse erreur de communication de son mandat", car "on ne promet pas ce qu'on ne peut pas tenir", lâche-t-il.
L'avenir du site est toujours en suspens. La première piste de revitalisation, la construction d'une usine Poweo de production d'électricité, jugée non rentable, n'est plus à l'ordre du jour. Reste l'ancienne usine, la " cathédrale d'acier , visible de partout dans le village (...), une épave en train de rouiller," se désole le maire. Selon lui, "le comité de pilotage de la revitalisation du site, géré par la préfecture de Moselle n'avance pas". "On ne veut pas attendre entre 10 et 20 ans", confie-t-il tout en étant conscient que l'effacement du "stigmate de la sidérurgie à Gandrange prendra du temps". Du temps. C'est justement ce que demande la préfecture pour mettre en place les projets d'avenir.
"ArcelorMittal respecte ses engagements" (préfecture)
"Ça n'avance peut-être pas aussi vite qu'on le voudrait, mais ArcelorMittal respecte ses engagements", fait-elle valoir. Et de décliner l'état des projets engagés par l'entreprise pour respecter deux conventions signées avec le gouvernement le 5 février dernier. Par exemple, le développement du laminoir voisin de Gandrange. "Les commandes sont passées, les études faites, et le site devrait être opérationnel mi-2010", explique-t-on. Autre effort, la création d'un pôle d'excellence à Yutz, situé à une quinzaine de kilomètres de Gandrange, "pour la fabrication de poutrelles, de panneaux anti-feu et d'éléments de construction en kit". Le tout pour un montant de 30 millions d'euros. La préfecture souligne également le financement de six entreprises pour la création de 70 emplois grâce à des prêts. 420.000 euros auraient déjà été débloqués sur un fonds total de 4,5 millions d'euros disponibles.
Surtout, se félicite la préfecture, les reclassements prévus par ArcelorMittal sont achevés à 98 %. Selon elle, "seules 10 des 571 personnes qui ont perdu leur poste n'ont toujours pas trouvé de solution". Certaines sont parties à la retraite ou en préretraite (15 %), d'autres ont trouvé un poste à Florange, au laminoir voisin ou encore au Luxembourg. Des reclassements qui inspirent la méfiance du maire : selon lui, le laminoir est déjà en sureffectif, alors qu'à Florange les reclassés ont été mis en formation pendant trois mois. Il craint qu'ils ne fassent partie d'un nouveau plan social dans quelques mois, voire quelques années...
Quant aux syndicats, ils s'inquiètent aussi pour les sous-traitants d'ArcelorMittal, qui supprimeraient des emplois. À Gandrange, ou ailleurs en Moselle, on attend le président pour de nouvelles explications.
Regardez l'intervention de Nicolas Sarkozy du 4 février 2008 à Gandrange :