Le phénomène Ségolène
La chronique de Patrice Bertin - France Info, le 1er décembre 2010
A première vue, Ségolène n’a pas changé d’un iota. Son truc à elle c’est de faire la course en tête. Pas forcément en tête des intentions de vote mais en tête des intentions de vaincre.
Et finalement tous ceux qui se gaussent, s’étonnent ou critiquent l’annonce surprise de sa candidature à l’Elysée font preuve d’une mauvaise foi suspecte ou d’une candeur enfantine.
Au nom de quoi Mme Royal aurait elle du freiner ses ambitions présidentielles ? Déjà pas au nom de la discipline interne du PS ou l’organisation des primaires s’annonce aussi simple que la formation de l’équipe de France de rugby avec les possibles, les probables, les putatifs plus un chouchou et une incontournable.
Pas non plus au nom de la défaite de 2007. Même si aujourd’hui, l’épreuve du pouvoir ayant fendu l’armure, Nicolas Sarkozy paraît très vulnérable, il était quasi invincible en 2007 et avec ses faiblesses supposée ou avérées, Ségolène avait quand même éliminé à la loyale et à la royale les deux poids lourds de l’écurie Solferino qu’étaient déjà DSK et Fabius .
Encore moins au nom des sondages qui aujourd’hui, c’est vrai, placent plutôt Ségolène en queue des intentions de vote, mais qui réservent toujours des surprises, parfois énormes, lors d’une campagne présidentielle.
L’histoire du suffrage universel abonde de courses perdues d’avance et qui furent gagnées au finish, tout comme elle fourmille de favoris qui s’effondrent dans la ligne droite des tribunes.
Que Mme Royal ait du toupet et que, vu de Solferino, ce culot suscite un certain agacement n’est pas un scoop. Non plus que le destin national dont elle se sent investie. C’est son droit et son parcours de 2007 n’a aucun lieu de la dissuader. De Mitterrand à Chirac, on en connaît d’autres qui ont remis le couvert plusieurs fois avant de réellement s’installer à la table de l’Elysée. N’en déplaise à ses détracteurs, qui disent que Mme Royal n’est plus un "produit frais", elle n’a pas pour autant de date de péremption.