
Pour les syndicats de Total, la situation est "très grave". Lors d'un comité central d'entreprise qui vient de se tenir à Paris, le directeur du raffinage-marketing du groupe, Michel Benezit, a annoncé que quatre scénarios étaient à l'étude concernant l'avenir de la Raffinerie des Flandres. Parmi eux, une hypothèse jamais envisagée jusque là : la fermeture du site.
"Le raffinage français Total perd environ 100 M E par mois. Nos marchés diminuent, les marges varient d'un jour à l'autre (...), nous faisons face à un avenir incertain. Ma conviction est qu'il y aura des fermetures de raffineries", a annoncé Michel Benezit, directeur général du raffinage-marketing du groupe Total.
La Raffinerie des Flandres, qui est à l'arrêt depuis le 14 septembre, sera-t-elle concernée ? Seule certitude, la direction du groupe, qui estime que "plus on attend, plus cela coûte cher " étudie aujourd'hui quatre scénarios possibles pour le site dunkerquois :
1. la réalisation du grand arrêt de la Raffinerie des Flandres avec redémarrage de l'usine
2. la fermeture de la raffinerie
3. sa transformation en dépôt
4. la "mise sous cocon" des installations de raffinage (la mise sous cocon des installations vise à les protéger contre la corrosion, dans le cadre d'un arrêt qui pourrait s'étaler sur une, voire plusieurs années)
"Quand Total va aussi loin dans ses annonces, je pense que le scénario n°1 n'est pas celui qui sera retenu, d'autant que le groupe montre aujourd'hui qu'il est capable d'alimenter le marché sans les raffineries qu'il a mises à l'arrêt, dont celle des Flandres et la D9, en Normandie", redoute Charles Foulard, de la coordination CGT du groupe Total.
Si l'un des scénarios 2, 3 ou 4 était retenu, quelles seraient les conséquences sociales pour les salariés du site ? "La direction de Total a annoncé qu'elle était en train de les étudier, via notamment la mobilité de près de trois cents salariés vers d'autres entités du groupe. Quant aux sous-traitants, pas un mot !", s'indigne la CGT, qui estime que Total "dresse un portrait exagérément noir du raffinage (...) avec un discours peu optimiste sur la remontée des marges et leurs conséquences sur l'activité du raffinage".
Autre hypothèse déjà évoquée, celle d'une vente. Sur ce point, Total ne lâche aucune information. Ou presque... "Le problème c'est qu'"il"(Éric de Margerie, le PDG du groupe) annonce des ventes mais sans dire lesquelles", note Charles Foulard, qui suspecte le groupe "de préparer le personnel à certaines annonces".
Dans un tel contexte, syndicats et personnel se demandent bien sûr si le grand arrêt de mars sera maintenu. "D'autant que M. Benezit nous a indiqué que la décision de le faire ou pas serait prise avant la fin du mois, et ce, malgré les 70 M E déjà engagés par le groupe", assure Charles Foulard. "Nous sommes tous très inquiets", confie un salarié rencontré hier, à la sortie du site. Si le grand arrêt ne se fait pas, cela signifierait la mort pour nous, car sans la révision des installations, la DRIRE (aujourd'hui DREAL) ne nous livrerait plus l'autorisation d'exploiter."
Un autre CCE national est annoncé le 21 janvier.