Ségolène candidate, la chasse est ouverte
Source : marianne2.fr - le 2 décembre 2010
A peine Ségolène Royal a-t-elle annoncé sa candidature aux primaires socialistes que les observateurs et acteurs de la vie politique française rivalisent déjà d'ingéniosité pour la discréditer. Perte de mémoire collective ?
Ségolène Royal candidate aux primaires socialistes ? Déjà vu. Ségolène Royal raillée, moquée, critiquée ? Déjà vu. Ségolène Royal, gagnante des primaires socialistes ? Déjà vu. De quoi tirer certaines leçons du passé. Et pourtant...
Depuis que la présidente du Poitou-Charente s'est (re)lancée dans la course à la présidentielle, les moqueries fusent. Ce matin, jeudi 2 décembre, Gérard Collomb, soutien de Ségolène Royal en 2007, a profité de la complicité de Jean-Pierre Elkabbach pour tancer allègrement son ancienne candidate. "Ségolène Royal a eu raison pour elle, mais pas pour le PS et pour la France [...] Les gens qui la suivent sont peu nombreux", a asséné le sénateur-maire de Lyon passé maître dans l'art de retourner sa veste.
Revenant sur les déclarations de Royal qui avait affirmé sur France Inter que DSK ferait un bon chef du gouvernement, Elkabbach interroge : "Est-ce que DSK ferait un bon Premier ministre de Ségolène Royal ?". Question légitime et pertinente si elle n'avait pas été immédiatement suivie du rire narquois de l'intervieweur. Il n'en faut d'ailleurs pas plus à Collomb pour déverser ses sarcasmes : "Moi je me demandais plutôt quel poste Dominique Strauss-Kahn proposerait à Ségolène Royal" Avant d'ajouter goguenard : "Un grand ministère symbolique où elle pourrait s'exprimer." Bref, la candidature Royal a le mérite de faire se gondoler une bonne partie de son propre camp.
Alternative à la moquerie : l'ignorance. Benoît Hamon en a fait la brillante démonstration le jour même où Ségolène a choisi de sortir du bois. Invité de RTL, le porte-parole du PS a tenté de présenter la candidature "dissidente" comme un non événement. "Surpris pas vraiment, peu importe la date, la question était de savoir si Ségolène Royal serait candidate à la primaire, je n'ai jamais ressenti qu'elle voulait abandonner cette ambition d'être présidente, c'est donc logique et prévisible." Circulez y a rien à voir.
La stratégie Hamon, communément appelée "stratégie de l'autruche", a d'ailleurs fait des émules du côté de Solférino.
Les journalistes du Petit journal de Canal+ ont eux aussi tenté de titiller les élus PS qui se pressaient mardi 30 novembre au Café de Flore pour célébrer les 20 ans de la revue de BHL, La Règle du jeu. Mais malgré la ténacité du reporter dépêché sur place, ni Delanoë, ni Montebourg, ni Fabius, ni même Jospin -pourtant "retiré de la vie politique"- n'ont accepté de répondre à la question posée : "Est-ce un jour historique pour le PS ?" Alternant rire et consternation, le gratin socialiste ne semble pas prendre au sérieux la déclaration de candidature de l'ex-adversaire de Sarkozy.
Et l'amusement que suscite la rupture du pacte Aubry-DSK-Royal par la Dame du Poitou, dépasse largement le cercle des initiés du PS. Journalistes, comiques... Ils sont nombreux à se gausser ouvertement du coup d'accélérateur donné par Royal. Sur RTL, l'humoriste Tanguy Pastureau lui a consacré l'intégralité de sa chronique du mercredi 1er décembre. Morceaux choisis : "Noir désir c'est terminé par contre Désir d'avenir c'est reparti, sa chanteuse Ségolène sera en tournée jusqu'en mai 2012. Apparemment le désir d'avenir de Ségolène était trop fort, elle n'a pas pu se retenir, la pauvre est atteinte de déclaration précoce. Tous les experts en politique sont d'accord : Ségolène est un formidable atout pour l'UMP." C'est léger, on rigole... Oui mais.
Les persiflages incessants des uns et des autres donnent le sentiment d'une grande amnésie collective. En 2006, Ségolène ne s'est pas contentée de se présenter aux primaires. Elle les a aussi remportées. Haut la main. 60% pour elle contre seulement 20% pour Dominique Strauss-Kahn, qui, à l'image de Martine Aubry, ne montre pas pour l'instant une grande envie de se lancer dans la course. Et dans des primaires, l'envie et la capacité à se lancer sont un atout certain.
Voilà de quoi faire réfléchir ceux qui aujourd'hui balayent d'un revers de main méprisant cette candidature. Certes, la présidente de Désir d'avenir a ensuite échoué au second tour de la présidentielle. Mais si le PS veut avoir une chance de gagner en 2012, il devrait peut-être se remémorer son passé et ainsi éviter les ornières qui lui ont coûté deux présidentielles successives.
Et, dénigrer ses propres candidats, même si l'on peut douter de la candidature Royal, et de sa capacité à transformer l'essai cette fois-ci, n'est pas la meilleure tactique.