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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 20:00

Esclavage : Sarkozy et les médias ont la mémoire courte

Par Sébastien Ledoux, enseignant et chercheur

Source : Rue89  - le 12.05.2008


Du Journal du Dimanche à Libération, en passant par Le Monde, Le Figaro ou le Nouvel Observateur, la plupart des médias ont repris dans leur titre "l’annonce" du président Sarkozy faite le 10 mai, à l’occasion de la Journée de commémoration de l’esclavage :


"Sarkozy: l’esclavage enseigné à l’école"
(JDD)
"L’histoire de l’esclavage sera enseignée à l'école primaire" (Le Monde)
"Abolition de l’esclavage : Sarkozy : "cette histoire doit être enseignée à l’école" (TF1)
"L’esclavage enseigné en primaire dès la rentrée" (Nouvel Obs)
"La traite des Noirs enseignée en primaire, annonce Sarkozy" (Libération)
"L’histoire de l’esclavage enseignée en primaire" (Le Figaro)

Et pourtant, derrière ces annonces en fanfare faites au nom de la mémoire… l’oubli.
Oubliés les dizaines de milliers d’enseignants qui enseignent l’esclavage depuis plusieurs années; niés les
programmes de 2002 du primaire, qui eux ont officiellement introduit cette page de notre histoire comme jamais auparavant; nié l’effort entrepris par les éditeurs des manuels tant du primaire que du secondaire pour transmettre cet épisode à nos élèves; méprisé le travail de deux années de la commission des programmes du collège qui vient de proposer pour la première fois les traites et l’esclavage comme un thème d’histoire à part entière en classe de 4e.

"De l’immémoire collective"

Comme le rappelait Chris Marker il y a quelques temps déjà, notre époque vit sans cesse de cette "immémoire collective" que l’actualité construit chaque jour. Le président Sarkozy participe activement à cette entreprise en se forgeant l’image du héros national ouvrant une nouvelle page de l’histoire de France… et les médias suivent en cœur cette mascarade, au mépris d’un patient et rigoureux travail mené depuis maintenant plusieurs années.

Avec la loi Taubira de 2001, puis les polémiques de 2005 autour du rôle positif de la colonisation, une véritable réflexion avait été amorcée sur la transmission pédagogique de l’esclavage à l’école. Cette réflexion s’est concrétisée et nourrie au travers de l’écriture des programmes de l’enseignement primaire et secondaire, et des manuels scolaires. De plus en plus de projets abordant cette histoire ont été réalisés dans de nombreuses académies de France, notamment à Nantes, Bordeaux, Rouen. Le monde scolaire dans son ensemble, en particulier justement dans le primaire, a donc commencé à s’emparer de l’histoire des traites, de l’esclavage et de leurs abolitions.
Il faut bien avouer que ce non-événement présidentiel a été facilité par les revendications d’associations militantes qui n’ont pas vu ou voulu voir ce travail effectué par l’école pour sortir l’histoire de l’esclavage des marges de l’enseignement. C’est ainsi que SOS Racisme vient de lancer une pétition intitulée "Appel pour l’enseignement de l’histoire de la colonisation et de l’esclavage", tendant à faire croire que l’occultation se poursuit. Or, il n’en est rien, et cette méconnaissance de la part de militants engagés pour une juste cause accrédite le geste du "prince".

A qui sert l’oubli ?

La journée du 10 mai 2008 restera une nouvelle illustration de la fabrique de l’opinion sans mémoire. Les informations du monde inondent notre vie pour s’oublier aussitôt. Les décisions ou déclarations politiques s’appuient de plus en plus sur cet oubli pour mieux s’imposer à nous, à un rythme qui s’accélère.

Au terme d’un an de pouvoir, la communication présidentielle s’évertue encore à créer artificiellement des événements fondateurs.

Hier avec la mémoire des enfants exterminés pendant la Shoah que devaient endosser les élèves de CM2, aujourd’hui avec l’esclavage au primaire, elle compte sur notre amnésie collective pour brouiller le réel et faire croire que tout commence avec son prestidigitateur.







Tenez, à propos des initiatives farfelues du résident actuel (hélas !) de l'Elysée, un petit dessin que j'avais rangé dans mes cartons, juste après les municipales :

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